Pour me rendre a mon bureau...
... ou Montevideo vu du bus
Tous les jours, pour aller et revenir de la fac, je passe au minimum 1h30 dans le bus 113. Une heure et demie, c'est beaucoup trop, mais il n'y a pas vraiment le choix. Alors j'ouvre les yeux.
Je n'ai pas encore de velo et je n'ai pas pu explorer la ville bien loin de chez moi. Ce que je connais de Montevideo, c'est donc surtout ce bus. Pour l'instant. Mais cela vaut quand meme la peine d'etre raconté.
Je me leve quand je peux (mais tout de meme en debut de matinée). C'est un petit bonheur d'aller taffer sans etre reveillé par une sonnerie stridente.
Mon corps abluté, mon estomac dulcedeleché, il faut y aller.
Un dernier coup d'oeil au long couloir de ma colloc, tout en me demandant si j'ai 66 pesos sur moi pour le bus et le repas.

Je descends les 4 etages par l'escalier. Il y a bien un ascenseur. Mais ma fenetre donne sur la machinerie et m'a permis de douter sur la fiabilité de l'ensemble. En descendant, je pense un peu a la solidité approximative des immeubles. Surtout lorsque je passe devant les trous qu'occupaient les poutres du toit de l'immeuble voisin. "Occupaient", car le toit s'est effondré il y a quelques mois.

Quelques cuadras plus loin, j'arrive a l'arret de bus, sur le Paseo 18 de Julio. C'est la principale avenue de la ville. Il y a du monde qui attend. Une dizaine de lignes s'arretent la.
En general, j'attends peu. Pendant ce temps la, je regarde l'animation. Ce matin, trois gamins des rues aux memes survetement et au meme crane rasé sont passés pres de l'arret. L'un a fouillé la poubelle, pendant que les deux autres collaient leur tete a la vitrine de jouets du supermarché. L'Uruguay est un pays riche, mais pas pour tout le monde. Et moi, j'ai le moral pour la journée.

Dans le bus, il n'y a pas grand monde. Souvent, je suis seul les premiers kilometres. Le bus grince et saute de partout.

Sur le paseo 18 de Julio, je jette toujours un oeil aux eglises evangelicas pentecostal. Ces lieux de cultes ressemblent a des cinemas. L'avantage, c'est qu'avec les portes vitrees, en regardant entre les vigiles, on peut voir ce qui se passe dedans. Il y a toujours plein de gens dedans, a toute heure de la journee. Pendant les offices, la foule est debout, chante et tape dans les mains pendant que le pretre joue de la guitare.
Il parait que ce sont des sectes bresiliennes. Je ne sais pas trop. Mais en tout cas, ici, ce qui est bizarre a souvent une aura bresilienne. Ou l'inverse.
(en petit : una iglesia con palabras y milagros de Jesus)

Passé le tunnel avec ses peintures de tickets de bus, je quitte le centre. Le quartier est animé et commercant. Il y a beaucoup d'etals en baches sur le trottoir, encore plus qu'en centre ville. Ces petits stands vendent un peu n'importe quoi : calebasse a maté, maillots et emblemes de foot, contrefacons de sacs...
Un panneau indique la temperature. Le plus souvent, meme a 9h, on depasse les 30 degres. Une chaleur lourde, avec l'humidité du río.

Puis, le bus quitte cette avenue animee pour entrer dans la banlieue. Nous passons une place immense et ses eucalyptus. L'odeur rentre par les fenetres grandes ouvertes. La place est calme, pour le moment. Cet apres midi, les gamins qui sortiront de l'ecole d'a coté feront exploser des pétards par dizaines.
Une zone de pavillons gris. Un des premiers me rend toujours attentifs. Le jardin est une attraction. Deux vrais moutons, un nain de jardin, une vieille voiture americaine rouillees se distinguent du lot de trucs sur la pelouse. Un peu plus loin, un mur me rappelle que Jesus m'aime et qu'il est le seigneur.
Avant la fac, les pavillons cedent la place a des grandes tours grises. Ce matin, c'est marché. Aux alentours du vrai marché, les habitants vendent leurs fonds de greniers a meme le trottoir.

Au milieu des tours, quelques espaces ou l'on a placé les choses essentielles a la vie en societé : des barbecues, et des terrains de foot.

Autour, c'est un peu la campagne. Il y a des terrains en friches, d'autre ou on a elevé des cages de foot. Au milieu de tout ca, on voit quelques chevaux brouter et, de temps en temps, fuir un chien ambitieux.
Enfin, la tour de 17 etages de la fac. Elle s'eleve un peu au milieu de nulle part, cette tour. Autrefois, a la place, on trouvait le centre de vacances de la communauté basque. (NB : je devance et contre toute blague sur le fait que ca reste un centre de vacances pour basques exilés)

Devant, il y a toujours pleins de groupes d'etudiants en train de boire du maté. Et cette semaine, dans le hall, je tombe face a un dinosaure anonyme.

14 etages d'ascenseur. J'ai envie de jouer avec les boutons lumineux, mais il y a toujours des gens que j'imagine trop serieux pour apprecier l'esthetique des numeros au milieu de leur carré de lumiere jaune.
Canicule oblige, la porte de secours au fond du couloir est ouverte pour essayer de faire courir l'air. La cage d'escalier ouvre son grillage sur le rio de la Plata et les bateaux, au loin.

En contrebas, un batiment tout neuf sur lequel, vendredi dernier, flottait le drapeau francais. C'est l'Institut Pasteur, tout juste inauguré.

Et c'est parti pour la journée.
Lundi, apres un week end a trainer ma paresse, j'ai passé une soirée sympa.
Un peu comme tous les lundis. Car lundi, c'est football avec mes collocs. On va jouer avec un groupe de musiciens uruguayens. Les europeens (3 francais, un anglais, un catalan) contre les locaux. Toujours les memes adversaires, c'est la garantie d'une bonne ambiance. Cette semaine, nous arrachons le match nul à quatre buts partout.
On a prolongé le match par une longue discussion, emaillée d'anecdotes sympas.
Bien sur, nous commencons par une discussion qui a du se repeter partout autour du monde:
"- Pinochet est mort!
- Sans avoir ete jugé. Dommage...
- Oui, mais quand meme, il est mort!".
Quelqu'un rapporte qu'a Santiago, ses copains ont feté ca. J'espere qu'ils ont aussi feté la tristesse de Tatcher.
Outre ces considerations, Andrew, l'anglais de Birmingham, nous a raconté que quand il etait gosse, on le forcait a jouer au rugby. Lui, il preferait le foot, mais il n'avait pas le droit. Il etait capable de bien jouer au rugby, alors il c'etait son devoir. Il nous a aussi raconté en y croyant que les Ecossais mangeaient tellement mal qu'ils avaient un taux de mortalité de pays du Tiers Monde.
Un des uruguayens, lui, envisageait d'aller en Italie pour aller voir le village de ses ancetres. Ici, on dit en rigolant que les Mexicains descendent des Azteques, que les Peruviens descendent des Incas, et que les Uruguayens descendent des bateaux. Beaucoup sont monté en Italie.
Un autre annonce qu'il va partir vivre a Barcelone pendant quelques annees. L'exil en Espagne, decidement, ca fait rever beaucoup de monde en Amerique Latine. Pourtant, ici a Montevideo, la difference de niveau de vie est tres discrete.
Pablo, lui, nous montre la tour du stade voisin. C'est le stade Centenario, celui de la premiere coupe du monde. La construction du stade s'est terminée apres le tournoi.
Lundi prochain, on remet ca. Cette fois, en plus du match, on fera un asado (recette : un barbecue, des copains, du boeuf et du rouge et pas mal de temps devant soi).
Tous les jours, pour aller et revenir de la fac, je passe au minimum 1h30 dans le bus 113. Une heure et demie, c'est beaucoup trop, mais il n'y a pas vraiment le choix. Alors j'ouvre les yeux.
Je n'ai pas encore de velo et je n'ai pas pu explorer la ville bien loin de chez moi. Ce que je connais de Montevideo, c'est donc surtout ce bus. Pour l'instant. Mais cela vaut quand meme la peine d'etre raconté.
Je me leve quand je peux (mais tout de meme en debut de matinée). C'est un petit bonheur d'aller taffer sans etre reveillé par une sonnerie stridente.
Mon corps abluté, mon estomac dulcedeleché, il faut y aller.
Un dernier coup d'oeil au long couloir de ma colloc, tout en me demandant si j'ai 66 pesos sur moi pour le bus et le repas.

Je descends les 4 etages par l'escalier. Il y a bien un ascenseur. Mais ma fenetre donne sur la machinerie et m'a permis de douter sur la fiabilité de l'ensemble. En descendant, je pense un peu a la solidité approximative des immeubles. Surtout lorsque je passe devant les trous qu'occupaient les poutres du toit de l'immeuble voisin. "Occupaient", car le toit s'est effondré il y a quelques mois.

Quelques cuadras plus loin, j'arrive a l'arret de bus, sur le Paseo 18 de Julio. C'est la principale avenue de la ville. Il y a du monde qui attend. Une dizaine de lignes s'arretent la.
En general, j'attends peu. Pendant ce temps la, je regarde l'animation. Ce matin, trois gamins des rues aux memes survetement et au meme crane rasé sont passés pres de l'arret. L'un a fouillé la poubelle, pendant que les deux autres collaient leur tete a la vitrine de jouets du supermarché. L'Uruguay est un pays riche, mais pas pour tout le monde. Et moi, j'ai le moral pour la journée.

Dans le bus, il n'y a pas grand monde. Souvent, je suis seul les premiers kilometres. Le bus grince et saute de partout.

Sur le paseo 18 de Julio, je jette toujours un oeil aux eglises evangelicas pentecostal. Ces lieux de cultes ressemblent a des cinemas. L'avantage, c'est qu'avec les portes vitrees, en regardant entre les vigiles, on peut voir ce qui se passe dedans. Il y a toujours plein de gens dedans, a toute heure de la journee. Pendant les offices, la foule est debout, chante et tape dans les mains pendant que le pretre joue de la guitare.
Il parait que ce sont des sectes bresiliennes. Je ne sais pas trop. Mais en tout cas, ici, ce qui est bizarre a souvent une aura bresilienne. Ou l'inverse.
(en petit : una iglesia con palabras y milagros de Jesus)
Passé le tunnel avec ses peintures de tickets de bus, je quitte le centre. Le quartier est animé et commercant. Il y a beaucoup d'etals en baches sur le trottoir, encore plus qu'en centre ville. Ces petits stands vendent un peu n'importe quoi : calebasse a maté, maillots et emblemes de foot, contrefacons de sacs...
Un panneau indique la temperature. Le plus souvent, meme a 9h, on depasse les 30 degres. Une chaleur lourde, avec l'humidité du río.

Puis, le bus quitte cette avenue animee pour entrer dans la banlieue. Nous passons une place immense et ses eucalyptus. L'odeur rentre par les fenetres grandes ouvertes. La place est calme, pour le moment. Cet apres midi, les gamins qui sortiront de l'ecole d'a coté feront exploser des pétards par dizaines.
Une zone de pavillons gris. Un des premiers me rend toujours attentifs. Le jardin est une attraction. Deux vrais moutons, un nain de jardin, une vieille voiture americaine rouillees se distinguent du lot de trucs sur la pelouse. Un peu plus loin, un mur me rappelle que Jesus m'aime et qu'il est le seigneur.
Avant la fac, les pavillons cedent la place a des grandes tours grises. Ce matin, c'est marché. Aux alentours du vrai marché, les habitants vendent leurs fonds de greniers a meme le trottoir.

Au milieu des tours, quelques espaces ou l'on a placé les choses essentielles a la vie en societé : des barbecues, et des terrains de foot.

Autour, c'est un peu la campagne. Il y a des terrains en friches, d'autre ou on a elevé des cages de foot. Au milieu de tout ca, on voit quelques chevaux brouter et, de temps en temps, fuir un chien ambitieux.
Enfin, la tour de 17 etages de la fac. Elle s'eleve un peu au milieu de nulle part, cette tour. Autrefois, a la place, on trouvait le centre de vacances de la communauté basque. (NB : je devance et contre toute blague sur le fait que ca reste un centre de vacances pour basques exilés)

Devant, il y a toujours pleins de groupes d'etudiants en train de boire du maté. Et cette semaine, dans le hall, je tombe face a un dinosaure anonyme.

14 etages d'ascenseur. J'ai envie de jouer avec les boutons lumineux, mais il y a toujours des gens que j'imagine trop serieux pour apprecier l'esthetique des numeros au milieu de leur carré de lumiere jaune.
Canicule oblige, la porte de secours au fond du couloir est ouverte pour essayer de faire courir l'air. La cage d'escalier ouvre son grillage sur le rio de la Plata et les bateaux, au loin.

En contrebas, un batiment tout neuf sur lequel, vendredi dernier, flottait le drapeau francais. C'est l'Institut Pasteur, tout juste inauguré.

Et c'est parti pour la journée.
Lundi, apres un week end a trainer ma paresse, j'ai passé une soirée sympa.
Un peu comme tous les lundis. Car lundi, c'est football avec mes collocs. On va jouer avec un groupe de musiciens uruguayens. Les europeens (3 francais, un anglais, un catalan) contre les locaux. Toujours les memes adversaires, c'est la garantie d'une bonne ambiance. Cette semaine, nous arrachons le match nul à quatre buts partout.
On a prolongé le match par une longue discussion, emaillée d'anecdotes sympas.
Bien sur, nous commencons par une discussion qui a du se repeter partout autour du monde:
"- Pinochet est mort!
- Sans avoir ete jugé. Dommage...
- Oui, mais quand meme, il est mort!".
Quelqu'un rapporte qu'a Santiago, ses copains ont feté ca. J'espere qu'ils ont aussi feté la tristesse de Tatcher.
Outre ces considerations, Andrew, l'anglais de Birmingham, nous a raconté que quand il etait gosse, on le forcait a jouer au rugby. Lui, il preferait le foot, mais il n'avait pas le droit. Il etait capable de bien jouer au rugby, alors il c'etait son devoir. Il nous a aussi raconté en y croyant que les Ecossais mangeaient tellement mal qu'ils avaient un taux de mortalité de pays du Tiers Monde.
Un des uruguayens, lui, envisageait d'aller en Italie pour aller voir le village de ses ancetres. Ici, on dit en rigolant que les Mexicains descendent des Azteques, que les Peruviens descendent des Incas, et que les Uruguayens descendent des bateaux. Beaucoup sont monté en Italie.
Un autre annonce qu'il va partir vivre a Barcelone pendant quelques annees. L'exil en Espagne, decidement, ca fait rever beaucoup de monde en Amerique Latine. Pourtant, ici a Montevideo, la difference de niveau de vie est tres discrete.
Pablo, lui, nous montre la tour du stade voisin. C'est le stade Centenario, celui de la premiere coupe du monde. La construction du stade s'est terminée apres le tournoi.
Lundi prochain, on remet ca. Cette fois, en plus du match, on fera un asado (recette : un barbecue, des copains, du boeuf et du rouge et pas mal de temps devant soi).
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