Un mois et demi que les choses s'enchainent à la vitesse du ñandu enragé. J'ai perdu le controle... Un tour en Bolivie, un depart improvisé d'Uruguay, un périple à travers la France, un boulot,
bref : une somme d'evenenements qui vous détourne des récits de césure.
D'abord, mes parents sont venus me voir en Uruguay. Les 15 jours qui ont suivi ont été intenses, à la limite de la violence. A peine le temps de montrer les gauchos, la consommation addictive de
maté, le palacio Salvo et l'asado, et nous partions a Buenos Aires.
Mon cousin Thomas et Orianne nous promenaient en ville, et je faisais ma session de rattrapage des endroits touristiques que je n'etais pas encore allé voir : la foire de San Telmo ("Eh, trop
beau les matés!!"), la Boca, Puerto Madero.
Pas le temps de trainer. Un bus, 28 h de trajet, et nous arrivons a Huamahuaca, dans les Andes. Le mal d'altitude se fait pressentir dans ce village indien qui ressemble a beaucoup d'autres : les
maisons d'adobe, la poussiere, les chiens errants... et un air de melancolie persistant.
Apres d'autres bus, et un train, nous faisons halte en Bolivie. Le passage de frontiere est impressionant. Une file de gens de tous ages avance, a moitie en courant, le dos chargé de paquets de
plusieurs dizaines de kilos. De la farine, notamment. Un camion se decharge en Argentine, un autre se charge en Bolivie, et les gens triment.
A Tupiza, c'est parti pour 3 jours a travers les Andes, l'altiplano, et pour finir : le salar. Un tour, dans un 4x4, avec nous 4 comme passagers. Le principe du tour organisé chagrine mes
aspirations de trip authentique, mais c'est ca ou se mettre 1000 km en velo dans la montagne.
Une fois l'altitude et les passages a 5000m supportés, le paysage est magique. Nous contournons des volcans et croisons des lagunes. Nous faisons fuir des lamas et des vigognes. Des viscaches
braves et des flamands roses insouciants nous regardent d'un air fourbe. Nous traversons des villages en adobe ou les gamins nous regardent d'un air intrigués, et des camps de mineurs. Et presque
partout, le paysage se reduit a des pentes seches, desolées.
De l'autre cote des cretes, le Chili. Impression bizarre de savoir ce qui se cache derriere le grand Licancabur : San Pedro. La zone est strategique : nous prenons un soldat bolivien sans
vehicule pour quelques dizaines de kilometres. Un service militaire utile : une marche d'une journee toujours repetee.
Le troisieme jour, nous atteignons le salar d'Uyuni. C'est une immensité blanche, du sel sur plusieurs metre. Il est plat, jusqu'a l'horizon. Le matin, le soleil se leve alors que nous sommes au
milieu de ce nulle part. Mon ombre se mesure en centaines de metres.
Plus loin, une ile perce la surface de sel. Des cactus et des oiseaux mangeurs de cactus sont la seule vie du salar. Avec les touristes americains qui prennent des photos artistiques...
Encore plus loin, les dalles de sel s'ouvrent par endroit. Les yeux du salar, dit-on. Ils laissent voir que sous le sel, il y a un liquide sursalé. Il colle à nos mains plongées
ramasser des cristaux parfaitement rectangulaires. En toute discretion, ma soeur et moi prenons des photos qui se veulent aussi artistiques que celles des ricains.
Un peu après, la section dont les habitants du village d'à coté ramassent du sel, qui, une fois iodé, sera consommé.
Et c'est le retour. A Uyuni, je trouve un superbe borsalino bolivien. Puis, je m'ebahis dans le cimetiere des trains. Pour un endroit abandonné, c'est le luxe. Sur une chaudiere de loco a vapeur
defoncée, quelqu'un a ecrit : se necesita un mecanico con experiencia - URGENTE !
Le retour est très long, quelques heures par des pistes inexistantes (un lit de riviere le plus souvent, comme en bas).
La route de Montevideo nous mene a Salta, une ville assez agreable, puis a Curuzu Cuatia. Curuzu quoi ?? Une ville à la population largement descendante des guaranis, située dans un
endroit tres strategique pour notre trip : entre Salta et Colon, en pleine savane. Une halte comme je les aime, sans savoir a l'avance ce que je vais voir, si ce n'est une ville au plan
carré, aux maisons coloniales sans etage, sur la place de laquelle il fait bon deguster une glace. Mission accomplie. Je ne reviendrais probablement jamais a Curuzu Cuatia, ce qui rajoute de
l'emotion a son souvenir.
Un bus qui trace la savane, des dizaines de ñandus (dont deux qui se molestent a coup de becs), et c'est Colon. J'aime cette ville, au bord de l'Uruguay, avec ses rues de terre et son ambiance
endormie.
Nous retournons a Montevideo, juste assez pour manger un dernier asado et faire tenter d'avaler a ma famille un maté. Meme avec du tang dedans (heresie peut etre, mais c'est bon), c'est
impossible... Devant une telle incapacité à s'integrer en Uruguay, ils preferent prendre leur avion de retour.
Pour ma part, je reprends mon stage et avance mon rapport. Un certain jeudi, je me rends compte qu'il est quasiment fini, que je n'aurai plus de travail, et que, macareù!, J'AI ENVIE DE
RENTRER!!! J'en touche un mot a mon maitre de stage, fais mes recherche, achete un billet le vendredi pour partir le mardi et prepare mon depart. Je boucle le rapport, fais ma despedida le
meme vendredi soir, et finis ce que j'ai a faire a Montevideo : aller a la feria Tristan Navaja, acheter 6 sabots creusés et 4 kg d'herbe à maté, un dernier tour dans la vieille ville;
un gouter le lundi avec les collegues, et c'est fini.
Adieu Artigas, adieu la Croix du Sud, la rambla, le chuintement de la bombilla dans la calebasse de maté vide, l'heure et demie journaliere de bus 113, les empanadas, mes yaourts qui
disparaissent, les soirées jusqu'à 9h du mat, les rues vides en fin de semaine, les marchands ambulants, adieu mes collocs, adieu le travail à la carte, adieu les revolutionnaires de la place de
la Mairie, adieu les tangos du 3eme age sur la place Cagancha.
J'ai annoncé que je reviendrai dans quelques temps. C'est probable. Montevideo est une ville où la vie est belle. Mais il faudra aussi que je vive un moment a Valparaiso et a Brooklyn, que
j'aille vraiment en Terre de feu et dans les profondeurs de la foret amazonienne, bref : que je reprenne la route et que j'aille plus lentement.
Et j'ai pris mon avion apres une nuit blanche a m'ingenier a faire rentrer 300 litres d'affaires dans 200 litres de sacs. Sao Paulo, Milan, Zurich et je retrouvais l'Europe. C'est pas pareil.
Le périple de malade commence : Freiburg, Nancy, Anglet, Toulouse, Avignon, Montelimar, les IA à Grignon, Paris, et retour precipité à Anglet. Je ne detaille pas. C'etait
mythique...
Le retour precipité à Anglet, c'etait pour preparer ma nouvelle occupation, prendre la voiture, et tracer. J'ai un CDD de 2 mois à Valence (Drome, la fausse), ou je vais assainir mes
finances en faisant quelque chose de plus interessant que le nettoyage des plages, ou autres joyeusetés basco-touristiques. Et avec de la chance, ca m'apprendra des choses pour l'ENSAT. Du
tout bon. Il s'agit d'encadrer des equipes qui parcourent les vergers dromois a la recherche des symptomes d'un virus.
Aujourd'hui, c'etait mon premier jour sur le terrain. J'ai suivi l'equipe de Bertrand. Les gens qui verifient les arbres sont pour leur majorité des rmistes et des chomeurs en fin de droit, qui
sortent pour quelques mois de leur galère. Ils fument clope sur clope, parlent affectueusement de leurs gamins et de leurs tours de garde, et abusent du buzz a la pause de
midi.
René sort une lame et la met dans sa paume : "t'as vu, c'est la bonne taille, j'ai le droit de l'avoir avec moi!". Ca n'impressionne pas Manu qui fait
collection de mini-surins et qui l'a dejà.
Aicha fait la gueule car Bertrand, raleur, lui a "mal parlé". Simone invite Manu à venir prendre l'apéro samedi. Arnaud est en mode zombie, tandis que Didier raconte qu'il s'est fait virer de son
ancien taf pour avoir frappé son chef, "un ptit con de 20 ans qui voulait que tout le monde marche au pas". Bertrand comprend : "ouais, c'est normal de peter un cable, au bout d'un moment tu satures..."
Nous inspections des vergers en friches. Les vieux arboriculteurs ont depuis un certain temps laché l'affaire. Avec le virus de la sharka, et d'autres maladies tout aussi ravageuses pour les
pechers et abricotiers, et les prix qui baissent, c'est l'effondrement. Nous nous frayons des chemins a travers les herbes haute. "Sharka! Met de la bombe,
faut arracher...". Les arboriculteurs ne nous aiment pas beaucoup. Pour reperer les points cardinaux, c'est facile. Vercors a droite, Ardeche a gauche, nickel : le Nord est en face.
Ma vie a Valence commence doucement. J'ai une piaule dans une cité universitaire, pas trop loin du centre. Ca ne s'annonce pas palpitant, meme si j'ai quelques amis a une heure de transport. J'ai
connu pire !
J'assiste aussi à des choses etranges. Le cybercafé où j'etais hier s'est fait racketé pendant que j'etais là. J'ai pas cherché a regarder, mais visiblement les deux types avaient un objet
inquietant : "t'as vu !? On a investi!!! Ce soir, ca va etre ton soir, gros...". Clairement, le plus frappant en rentrant en France apres tout ce temps,
c'est l'agressivité. Ca calmerait presque ma joie de parler sans freins avec les gens.
Je raconterai peut etre, de temps en temps, mon expatriation en Drome. Si vous voulez du plus exotique, Aloys entreprend de relater sa vie a Dubai sur http://schlemi.over-blog.com !