A l'autre bout d'une nuit commencée aux Cataractes, nous voila a quelques centaines de kilometres, dans le village de San Ignacio.
Le soleil n'est pas encore levé. Une petite vieille vend des choses qui doivent etre faites avec de la farine. Ca a une forme d'anneau, ca grince sous la dent, et ca a un vague gout d'anis. Notre
petit déjeuner.
Puis nous patientons devant l'entree de l'ancienne Mission Jesuite...

Enfin, le site ouvre et nous nous ruons a l'interieur pour profiter de quelques minutes de solitude au milieu des ruines.
Car de la mission, il ne reste pas grand chose. Ce qui se trouvait la il y a 250 etait une reduction, ou les jesuites construisaient société basée sur les principes du christianisme primitif et
evangeliseaient les Guarani. Ca me gene un peu de faire l'apologie de l'evangelisation, mais il faut reconnaitre que l'idee parait plus tolerable que l'esclavage pratiqué alors aux alentours, au
Bresil ou en Bolivie. Enfin, la tolerabilité differe selon les personnes, puisque le Pape Clement XIV et les rois d'Espagne et du Portugal voient ces missions d'un mauvais oeil. Et expulsent les
Jesuites d'Amerique.

En face de la mission, un vendeur de sandwich (minutas) a reproduit la blague la plus repandue d'Argentine.

L'etape d'après est choisie essentiellement au hasard. Nous comptons rentrer en Uruguay par Salto, ou se trouve un des trois ponts avec l'Argentine. Mais c'est tres loin, et nous avons un peu de
temps devant nous. Plutot que de perdre la journee entiere dans le bus, nous coupons le voyage dans la ville qui se trouve a mi chemin : Santo Tomé. Une bonne occasion d'explorer un peu la
Mesopotamie Argentine, c'est a dire la region entre les fleuves Uruguay et Paraná.
Nous arrivons en pleins preparatifs du Carnaval. Santo Tome est une ville sympa. Comme toutes les villes du Continent, son plan est carré et regulier. Et au centre, se trouve une place immense,
dont le jardin est un peu brouillon.

Au bout de la ville coule le Rio Uruguay. Alors que le soir tombe, nous allons nous y baigner. Plus haut, 30 gamins se disputent un ballon de foot sur un petit terrain. Trois anciens se baignent
dans le fleuve.
Les rives sont rouges, tout comme l'eau. Le courant est fort. Tout en barbottant dans l'eau chaude, je surveille mes environs et les eventuels caimans.

Le lendemain, cap au Sud, encore. Le paysage change, et une espece de savane remplace la foret.
Les autruches seraient le complement ideal du paysage. A force de regarder par la fenetre, Janny Longo! Une autruche solitaire. Puis deux qui malmenent une branche a coup de bec. Puis une petite
dizaine. C'est drole, les autruches. Pour la precision taxonomique, ici ce sont des
ñandus.

Dans l'apres midi, nous arrivons a Concordia, qui est la ville argentine situe en face de Salto. Mais pas de bol, la ville est assez agitee : les habitants bloquent le pont.
Le pourquoi en quelques lignes : depuis quelques annees, l'Uruguay a autorise le groupe finlandais Botnia a constuire deux usines de pate a papier a Fray Bentos, utilisant l'eau du Rio Uruguay -
qui sert de frontiere. Les habitants de Gualeguaychu, la ville argentine située de l'autre coté, sont fondamentalement contre, puisque eux n'ont rien a y gagner si ce n'est la pollution. A Fray
Bentos, la promesse de 8000 emplois fait passer la pillule, parce des emplois, y en a pas tant que ca... Ce qui ne veut pas dire que les papeteries font l'unanimité en Uruguay.
Alors, les argentins regroupes en Assemblee Environnementale bloquent les ponts. Pas en continu, bien sur. Mais celui de Fray Bentos est rarement ouvert, et tous les weeks ends, on ne peut passer
que la nuit. Principal effet : enerver les Uruguayens et les transformer en defenseurs des papeteries. Ca limite largement aussi les echanges : commerciaux, et touristiques, puisque les riches
argentins aiment les plages uruguayennes.
Les Argentins ont trainé l'affaire devant le tribunal international de la Haye - sans succes, crois-je. La Banque Mondiale a fait un rapport pour dire que les papeteries profiteront a tout le monde
et qu'il n'y aura pas de pollution. Maintenant, les argentins s'appuyent sur la mediation du Roi d'Espagne et de Mikhail Gorbatchev.
Lundi dernier, des argentins sont venus manifester sur la place Independancia. Ils ont ete recu a coups d'oeufs. L'Uruguay, qui est quand meme historiquement presque un morceau d'Argentine, se
tourne de plus en plus vers le Bresil. Et la crise s'envenime.
Pour en savoir un peu plus :
- le site de l'
assemblee environnementale de Gualeguaychu
-
l'article du Wikipedia en espagnol
Et nous dans l'histoire? Pas de bus du week end, et le pont n'ouvre qu'a la nuit.
Nous trainons donc dans Concordia. Une dame nous renseigne, en francais... C'est qu'elle a vecu quelques temps a Paris, il y a des annees... Sympathique, en tout cas.
Concordia est interessante, mais sans plus. La plage ne fait pas tres envie, pour une fois.

Le soir, un
remis nous fait passer la frontiere. Enfin, Salto. On nous passerons un peu de temps le lendemain. La ville est comme beaucoup d'autres, avec sa
place a Artigas et son architecture connue. Le port, desaffecté, est plus interessant. Des grues en ferraille et en bois, en provenance directe de Nivelles et Tubize (Belgique), pourrissent sur
pied.

Un restau aux petits prix (criteres de Montevideo) se revele etre chic et avoir un service extremement guindé, qui me donne des sueurs froides. Definitivement rustres, nous pousserons la faute de
gout jusqu'a finir nos boissons, alors que les voisins laissent des demies bouteilles allegrement.
Et c'est le retour a Montevideo. Pendant notre absence a eu lieu a Montevideo un hommage a Iemanjá, la deesse de la mer. Ca passe le 2 fevrier, sur les plages bordant le quartier sud. Ce
barrio a ete fonde par des esclaves noirs affranchis. Leurs traditions, comme le candombe, ont largement survecu et impregne la culture uruguayenne. La
celebration de Iemanja, aussi.
Il s'agit d'offrandes a la mer, sur des petits bateaux : fleurs, bijoux, bougies, fruits. Les gens fabriquent des petits bateaux et s'avancent dans la mer pour l'offrande. Si le bateau revient au
rivage, elle est refusee.
Ils creusent aussi des puits de lumiere dans le sable et se livre a des rites pas tres tres catholiques.
Les photos ont ete prise
ICI et
LA, normal je rappelle que je n'y etais pas et
je vous livre un recit de seconde oreille.
Puis, Claire est repartie. Le soir meme, dans les rues du quartier Sud, a eu lieu les defiles de
llamadas (prononcer chamadas). Le protocole est tres
strict, et toutes les troupes appliquent le meme schema.
D'abord des mecs balezes qui agitent des drapeaux compliques de 40 m carres.
Ensuite, des gens deguises (ou non) en vieux : des vieilles mamas a moults jupons, symbolisant la vie, la famille, la joie. Ensuite, des vieux avec barbe blanche et canne. Enfin, un vieux un peu
plus guilleret et bedonnant, avec une valise pleine d'herbes et de sortileges, qui eloigne les mauvaises choses.
Apres, des danseuses habillees au minimum. De temps en temps il y a des travestis dans le lot.
Enfin, une centaine de percusionnistes jouant le meme rythme de candombe.

Le secret ? La chauffe du tambour au feu de bois.

Et aujourdhui, je suis retourne au taf. Et mes collegues etaient la...
Au debut, pour m'apprendre des nouvelles pas rejouissantes. Cette semaine etait prevue ma campagne de terrain. Mais, c'est les exams. La semaine d'apres, c'est carnaval, avec deux jours feries et 3
jours de pont. Et ensuite mon tuteur va au Paraguay. Ca m'amene dans un mois... Horreur, malheur, j'ai fait le maximum en photointerpretation, je ne peux plus rien preparer de plus pour la campagne
de terrain. Je connais mes polys de pedologie par coeur. Je me voyais deja au chomage technique.
Finalement, on a trouve une solution, on y va samedi. Je suis rassuré, je me voyais repartir en vacances ;)
Vous etes arrives jusque là? Alors vous apprecierez sans doute ces menues distractions :
Vous pouvez prevoir d'ors et deja votre participation au
championnat interplanetaire de Pierre feuille ciseaux, a Lausanne le 26 aout.
Vous pouvez
apprendre a dechirer un annuaire, ou le cas echeant vous poser des questions sur la nature humaine
Enfin, vous pouvez tenter de
sous titrer un morceau de film indien.
Vous voila beaucoup plus riche culturellement grace a ces liens. De rien.
Portez vous bien.