Samedi 13 janvier 2007
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Je l'avais deja relaté vaguement il y a quelques semaines : la Fac de Sciences où je travaille a un nouveau voisin, l'Institut Pasteur.
Il y a eu une inauguration officielle et un article dans
le Monde pour feter ca. Pensez donc, le seul Institut Pasteur d'Amerique Latine... Globalement, les
Uruguayens en sont fiers. Je dis globalement, parce que sur les murs de Montevideo, les tags qui contestent l'installation sont nombreux. Ceux qui tagguent protestent a propos des experimentations
sur les animaux, la vivisection, ce genre de choses barbares qu'on associe facilement à la recherche médicale. Jusqu'à cet après midi, je pensais que tout cela n'etait que cornerie et
désinformation, fantasmes et élucubrations.
La coloration des murs n'est pas la seule conséquence de l'arrivee de Pasteur. Deux lignes de bus se sont créées ! Volonté politique sans aucun doute, puisque le nombre de gens qui travailleront là
ne depassera pas cinquante. Le principal, c'est que le nombre de lignes reliant la Fac au centre a doublé. Et ca, c'est tres bon pour moi.
Ce qui est amusant, c'est que les lignes tournent depuis l'inauguration, il y a un mois. Cependant, l'Institut n'est pas encore ouvert. Personne n'y travaille, si ce n'est un gardien. Les travaux
ne sont pas encore terminés.
Dans les bus, toujours autant d'animation. Toujours les vendeurs d'objets inattendus, et toujours les musiciens. Les deuxiemes ont mes faveurs. Surtout le dernier que j'ai vu. Ses chansons
n'etaient pas bien bonnes et sa guitare ne s'entendait pas... mais il a terminé assez brillament. Apres la chansonnette, il a affirmé faire partie d'une association ayant pour but d'ameliorer la
santé des Uruguayens. Et a ce titre a dispensé deux conseils. Le premier : rire. Rire, c'est tres bon pour la santé, les gens qui rient vivent plus longtemps, tout ca. Et le deuxieme, je le traduit
approximativement en VO : "el segundo consejo trata del sobrepeso. El sobrepeso es malo para las espaldas, para las vertebras. Por eso es muy importante luchar contre el sobrepeso. Si Usted tiene
demasiado peso.... es muy simple, que me da algunos de sus peso. Su salud será mejor. Y la mía tambien. Ustedes rién? Muy bien, su salud ya se mejora. Entonces, pa´su salud, unas moneditas..".
Je me disais bien ces derniers temps qu'une monnaie s'appelant le
poids, c'etait bizarre. Maintenant j'ai compris, c'est une question de santé publique. Et
je commence a m'en douter, ca invoque beaucoup d'autres blagues.
Magie du bus : nous voila de retour à la faculté de Sciences. Le taf avance. J'ai fini le boulot de photointerpretation. Apres moultes manip', me voila à l'ecran avec une carte des unités de
paysages.

Je me doute bien que je suis la seule personne sur Terre a pouvoir comprendre cette prise d'ecran - a mon grand malheur, ce n'est pas ca qui fait de moi quelqu'un de supérieur. M'enfin, c'est beau,
merde.
Parfois, mes yeux me rappellent que leur utilité originelle etait la chasse au zébu à mains nues dans la savane, et non l'observation d'un écran. D'ailleurs, leurs rebellions se terminent souvent
par des larmes. Alors je fais une concession. Je vais sur l'escalier de secours, voire sur le toit, regarder autour.
Quatorze etages, ca commence a faire une jolie perspective en regardant vers le bas.
En regardant l'Institut Pasteur, et les terrains de foot qui le borde... surprise!
Les
taupes géantes. Elles sont là.

Mes yeux, heureux d'enfin servir à affronter d'horribles prédateurs, se concentrent :
Che !
Viste !
Boludo ! Un match de foot de taupes géantes.
C'est pas ca qui va calmer les opposants a Pasteur. La vivisection passe encore, la constitution d'un club de foot
underground pour taupes geantes, ca va
plus. Ca expliquerait d'ailleurs pourquoi il n'y a pas ame qui vive dans le batiment. Et pourquoi le soir les gamins des tours et bidonvilles environnants se reunissent pour taper la balle devant
la fac, et pas sur le terrain.
Quant a moi, je flippe. J'ai echappé de justesse à la limace géante de Barthou, qui nous rappellait chaque matin avec ses traces baveuses qu'elle régnait sur la nuit (heureusement, elle nous
laissait le creneau 20-22h au Parc Beaumont). A Toulouse, j'ai évité un vert géant. Puis, j'ai esquivé de peu les marmottes géantes de Guelph. Pas facile, la survie.
Ciaocito, comme on dit ici.