

Nous sommes partis d'Antofagasta il y a trois jours. Trois jours tres riches, sans doute les plus denses en emotion depuis le depart il y a un mois. Il faut dire qu'on est parti sur les petites routes, en stop, et qu'on a rencontré des gens interessants. Et qu'on s'est baigné avec une baleine, qu'on a vu des observatoires, qu'on a roulé quelques centaines de km en camion, qu'on a fait un petit tour sur Mars et qu'on a rencontré le cousin de Zamorano. Rien que ca.
Donc, nous avons quitté Antofagasta et la pension du jovial Don Ivo. Direction, l'observatoire europeen de Paranal, a une bonne centaine de kilometres au sud, dans le desert, a l'ecart de toute
route frequentée. Aussi appellé VLT (very large telescope), c'est peut etre le meilleur du monde.
On a donc pris un bus pour le sud, sur la Panamericaine, histoire de rejoindre l'embranchement de la piste menant a l'observatoire. L'occasion de voir toutes les industries qui bordent la Panam'
: mines de cuivre, de salpetre, et activites liees. Tout ca permet, entre autres choses, des exploits architecturaux comme les clotures en pneus ou en bobines (et c'est toi, la bobine...).
Nous descendons a l'intersection. On est deja descendu de bus a des endroits perdus. Mais la, je pense qu'on ne fera pas mieux. Pas une maison, pas un etre vivant. L'Atacama.
Du coup, pour aller a l'observatoire en stop, il a fallu patienter. En une heure et demie, un pick up est passé. Et ne nous a pas pris. Finalement, un camion citerne d'eau potable a eu pitié de nous et nous a ramassé. Le chauffeur, sympa, n'etait pas tres bavard. Son camion ramait beaucoup, avec les montees et la piste. Ca m'a permis de bien regarder le desert rouge et ses rochers meteoritiques a souhait, et de me rendre compte a quel point ca ressemble aux photos de Mars.
Si vous etes persuadés que les Americains ne sont pas allé sur la Lune et qu'ils ont tourné ca en studio, soyez en sur : les images de Mars, elles sont prises ici meme..
En tout cas, arriver a l'observatoire dans le camion d'eau potable pour les astronomes, c'est la classe. Pour preserver l'isolement lumineux du site, les eclairages des voitures et des camions
sont reduits au minimum.
Comme prevu, il ne fallait pas penser rentrer. Nous regarderons le VLT de loin : 4 telescopes geants (8m et quelques de diametre), qui assemblent leurs images pour plus de finesse. Au bout de la manip, l'image d'un telescope de 200m de diametre... Le bordel est installé sur un sommet, a 3000m d'altitude, au dessus de la nappe de nuage qui flotte au dessus de l'ocean.
Voila ce que nous n'avons absolument pas vu. Nous aurions pu.
Pour continuer notre route, il a encore fallu patienter. J'ai mis la raclée a Orianne dans un Puissance 4 a meme le bitume. Sur le coté droit de la grille, un superbe coup du berger.
Un vieux nous a pris dans sa fourgonnette et nous a posé a Taltal, petit village cotier sans histoire.
On est parti en stop pour le Parc Pan de Azucar. On a été pris par Alejandro, un camionneur jovial, qui transportait du minerai de cuivre a une fonderie un peu plus loin. Un type tres sympa, un rien grivois, qui nous a meme payé a bouffer dans un troquet et qui esperait caser son fils avec Orianne.
A Pan de Azucar, on a trouve une cote rocheuse, aride, tourmentée. Devant une plage ou nous esperions nous baigner, nous avons vite ete dissuadés par un aileron... Aileron appartenant a une bestiole d'environ 2m50, qui faisait des aller-retours le long de la plage, a 15 m du rivage.
Les specialistes en biologie marine que nous sommes ont assez vite vu l'orifice dorsal qui crachait une tres legere brume. Bref, un mammifere et non un requin. Nous avons donc trempe nos jambes
dans l'eau froide (et peu salee, incroyable non?), en surveillant du coin de l'oeil le supposé dauphin.
Plus tard, un garde du parc nous a affirmé qu'il s'agissait d'une baleine pilote.
Par la suite, nous avons continué en bus et nous avons fait etape a Caldera, une ville de pecheurs toute a ses fetes et a son podium.
Nous sommes arrivés a La Serena hier. Encore une ville tranquille. Depuis quelques centaines de kilometres, le desert devient un peu plus vert. Les environs de la Serena, grace a la brume qui
monte de la mer tous les soirs, sont couverts de petits buissons.
Depuis que nous nous sommes eloignes des frontieres du Nord, les controles des douanes ont disparu. A chaque frontiere regionale, le chauffeur du bus se contente de descendre donner les noms et
(parfois) les numeros de passeport des passagers.
Bilan des derniers jours : le voyage devient beaucoup plus interessant, puisque nous rencontrons des gens. Qui nous parlent de leur vie, de leur vision du monde, des problemes lies aux mines de cuivre, des politiques qui sont corrompus et qui laissent faire, de leur possible emigration en Espagne, et du festival international de la chanson de Viña del Mar.
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