

Apres le marche de St Jacobs samedi dernier, j'ai continue le week end en compagnie des purpanais. Je suis allé avec eux au cinéma dimanche après midi.
Auparavant, le matin, j'avais eu la mauvaise surprise de ne pas retrouver mon vélo que j'avais laisse dans le jardin de ma proprio, contre la maison, la roue attachée au cadre... Aucune trace.
Mon vélo ne valait pas grand chose, a tout les points de vue... Mais dans un pays aussi sur, ou la plupart des gens laissent la porte de leur maison ouverte, même quand ils ne sont pas la, ca
fait enrager !
Bref, j'emprunte le vélo de ma proprio, et je retrouve mes copains français au Downtown. Nous allons au cinéma en bus, parce que le cinéma de Guelph est vraiment loin de la ville!
Nous arrivons avec un peu d'avance au cinéma Galaxy - Go Big.
Dedans, première surprise. On achète son billet à un des quatre fast food établis dans le cinéma. Mmm, bien sur, tous les gens ont des hots dogs, des seau de pop corn, des verres d'un litre de
coca.
Dans la salle, une demi-heure de pub. Une pub sur deux consiste à filmer de la bouffe en très gros plan (au choix : hot dog, pizza, soda...), ce qui est franchement écœurant au bout d'un moment.
C'est du matraquage, les mêmes pubs passent deux ou trois fois chacune. Mais puisqu'il faut accorder des minutes de cerveau disponibles aux marchands de gras et de sucres... allons-y.
Le film (Pirates des Caraïbes) est dur à suivre. Les dialogues ne sont pas très accessibles pour les français que nous sommes. L'accent "pirate", les tournures de phrases, le vocabulaire
marinoflibustier, ce n’est pas facile facile! A la sortie, une seule conclusion : il faudra que je revoie ce film avec des sous-titres.
La semaine se passe doucement.
Mercredi, ma proprio retrouve mon vélo chez le voisin d'en face. Joie ! Soulagement ! Liberte et fleurs !
Au boulot, je fais enfin tourner la machine infernale deux jours d'affilée, et tant qu'elle est lancée, je reste jusqu'a temps de finir toutes mes mesures (jusqu'a 22h)... Et j'en suis donc
débarrassé.
Vendredi, un long week end s'annonce puisque je n'ai presque pas de boulot et que le lundi sera férie : Civic Holiday. Je finis le taf à 12h... Trois jours et demi libres, c'est l'occasion idéale
d'un TRIP EN VELO ! (rire diabolique)
A 140 km a vol d'oiseau au nord de Guelph, il y a le Lac Huron et la Péninsule de Bruce... Il parait que c'est joli. Allons-y.
D'abord, les préparatifs. Le loueur de vélo n'a pas de vélo intéressant pour moi. Il faudra faire avec ma chose. Puisqu'il en est ainsi, je lui achète un porte bagage, une chambre à air, et deux
outils essentiels. Je fais le tour des magasins pour me fournir en carte, tendeurs, nourriture de base. Je fais un paquetage léger, et je prends la route.
La sortie de Guelph était un peu pénible, j'arrive quand même assez vite sur des petites routes. Elles sont parfois goudronnées, parfois non. Le probleme c'est que toutes ces petites routes sont le quadrillage des township et que comme tout bon quadrillage, elle sont soit sur un axe Est-Ouest (Sideroads), soit sur un axe Nord-Sud (Lines). Et moi, mon intention est d’aller au Nord Ouest.
"Bon, pas grave, je vais perdre du temps mais la route principale, ca n'est pas intéressant", me disais-je. Et je me souviens de la chanson : "quand il ya des routes rien ne vaut les chemins". Et quand la traduction de Sideroad est «Chemin de Traverse », il n’y a pas à hésiter.
Me voila à l’aventure. La campagne est monotone. Il y a une ferme tous les 300 mètres, avec du mais (beaucoup), du soja, du blé et quelques vaches.
Conditions difficiles, du faux plat tout le temps et un vent consistant... pleine face bien sur.
Devant moi, la route m'appartient. Pas totalement : un renard traverse au loin. Des oiseaux batifolent sur le bitume.
Mais le mais succede au mais. Même les boites aux lettres sont monotones. Dans la région, la moitie des gens s'appellent Martin. Et un tiers s’appelle Shoemaker. La consanguinité
doit être assez massive ici !!
Les gens qui tondent les pelouses devant les fermes sont habilles comme des amish, cela a peut être une incidence. Un panneau annonce des caleches sur la route. Je fremis du danger, mais cela ne
m'arrete pas
De temps en temps ma survie exige un sprint pour échapper aux chiens des fermes qui m'en veulent amèrement d'aller sur deux roues. Ca casse la monotonie, au moins…
Mon vélo n'est pas top, je le sens bien... Les roues sont voilées et frottent un peu les freins, la chaine racle le dérailleur... Pourvu que ca ne casse pas.
Le soleil ras projette mon ombre sur les champs, je suis seul sur les pistes... Le voyage m'offre quand meme de bons moments
Je fais cinquante kilomètres, et je trouve un spot sympa pres d'une piste, au bord d’une mare. Il y a même une table en bois et aucune ferme a proximité immédiate. Plutôt rare dans ce pays ou les seuls endroits potables pour camper (c'est à dire tout ce qui n'est ni route, ni foret drue, ni champ), c'est la pelouse des maisons.
Je monte ma tente, je commence mon repas à la table. Un quad fait voler la poussière sur la piste. Qui vient troubler mon repas ?? Le propriétaire des lieux, visiblement... Le premier contact n’est pas bon : c’est interdit de camper ici, je dois donc dégager fissa. Je la joue mine basse, mais je parle un peu. Il commence à s’intéresser un peu : qui suis-je ? D’où viens-je ? J’ai trouve par hasard, au moins ? Finalement, il est amadoue, et me laisse m’installer a la condition que je sois parti le lendemain matin. Une condition que n’est pas si problématique… Tout va bien !
La nuit se passe. Je ne dors pas si bien : les grenouilles sont en train de retourner la mare, et font un gros dégât. A en croire les bruits de la nuit, il y a de l’animal dans les parages
la nuit. Ma tente a un douloureux problème de condensation (j'avais oublie une sardine, la tension des tissus n’était pas suffisante pour la trappe-a-respiration).
Bon, je dors tant bien que mal… et voila l’aube.
Je décolle à 8h du mat, la vie est belle. Le vent est tombe, il fait bon. Mais je n'ai plus une goutte d'eau restant de mes 3 litres. Le paysage est un peu monotone, quand même, et vu que je n'ai
fait qu’une infime partie de la route qui me sépare du Lac, je commence à avoir un doute. Ca ne s’annonce pas très bien, quand même…
Un détour pour aller a la ville voisine, Drayton, et j'arrive devant un restau. Je rentre: tous les yeux braques sur moi ("hi folks"...). Je n'ai pas l’air local, en effet, avec
ma gueule barbue, mon sac a dos et ma nuit de camping sauvage bien en évidence.
C'est l'archétype du café américain, j’ai l’impression. Quelques tables avec des banquettes, une serveuse enrobée qui va d'une table a l'autre avec sa cafetière, une odeur de bacon... Le village
est apparemment réputé pour son festival de théâtre; des troupes de passages ont signe des cadres sur les murs.
Un café, des œufs bacon avec des toast et des fritasses, seront un petit déjeuner consistant. Et reconstitue mon moral (et mon eau).
Je sors du bistro, une femme, la cinquantaine bien tassée, vient encore me parler quand elle voit mon vélo et mon paquetage. Encore, car c’est la quatrième personne à venir me parler… Plus
longtemps cette fois. C’est une évidence : les Canadiens sont sympas, et ont le premier contact facile.
De façon générale, des que je regarde la carte sur le bas cote, les voitures qui passent s'arrêtent et me propose de l’aide. Aller... Pareil quand je fais une pause, le vélo sur
le bas cote, assis dans l’herbe à manger des raisins secs : beaucoup de voitures s’arrêtent pour s’enquérir de mon état et de mon besoin d’aide.
Ce n’est pas facile de lier amitié avec les Canadiens, mais décidément, ce sont des spécialistes du premier contact et de la disponibilité.
Je repars du village, je mouline, le paysage est franchement ennuyeux. Des fermes, du mais, des Holstein, et ca recommence.
J'écoute mon lecteur MP3 tellement j'en ai marre... Les routes empirent. Je roule 10 km sur une route en construction (= une couche de gravier épaisse de 5 cm), ce qui ne me fait pas beaucoup de bien.
Les routes toutes droites sont photogeniques mais lassantes. Et parfois rageante lorsqu'une colline ou un obstacle s'annoncent et que je suis oblige de l'attaquer de front... Cette civilisation
ne connait pas le virage !
Au bout de 60 km sous le soleil, je croise la route 6 (la route directe et principale entre Guelph et Owen Sound). Bon, j'en ai marre, il est 14h, je fais une pause bouffe sur un
parking, a l'ombre, et je considère un tant soit peu la situation géographique.
J'analyse la carte. L'endroit où je suis n'est qu'a 60 km de Guelph par la route principale susnommée.
Et moi, ca fait 10 heures que je roule depuis hier, sur des pistes de m#rde. J'ai du vraisemblablement parcourir 110 ou 120 km... Tout ca pour 60 km "utiles" ! Bouhou-ha !
J’hésite longtemps quant a la conduite qui s’impose. Les routes de traverses, il faut arrêter. Mais pour aller ou ? Continuer vers le lac, malgré le manque de temps devant moi, ou
rentrer ?
Je n’aime pas abandonner, surtout en vélo. Mais l'idée de voir le voyage se terminer en vision des champs de mais, et quasi rien du Lac, ne m'enchante pas. Demi-tour.
Je prends donc la route principale, l'équivalent d;'une grosse route départementale en France, sur le bas cote. Je m'autorise une incursion dans la campagne par une piste qui ne me rallonge pas
trop. Et reviens 10 km plus loin sur la route 6. Malgré la limitation a 80 km/h, la route n’est ni très rassurante, ni jolie.
Je suis de retour à Guelph en trois heures. C'est-à-dire trois fois moins de temps que les chemins de traverse…
J’ai l’impression que pour gouter des paysages varies au Canada, il faut faire de grosses distances. De très grosses… De mon incursion de presque 200 km dans la campagne, je n’aurai vu que le paysage « champ de mais et plaines agricoles ». Impressionnant.
Déception au bout du compte, donc, mais pas totale. C’était intéressant de voir la campagne canadienne, et ca m’a permis de rencontrer fugacement des Canadiens.
Et puis, de retour a Guelph ce samedi soir, je recois un e-mail de Totov. Mon collegue de prepa, apres une annee a la Fac de Calgary, parcours le Canada avec sa copine. Apres
avoir traverse les Montagnes Rocheuses et rejoint le Pacifique a pied, apres un voyage a travers les Prairies en bus et en stop, apres une traversee d’une partie du Lac Superieur en kayak, il est
a Toronto.
Je vais passer le reste de mon week end avec lui. Mais je vous le raconterai la prochaine fois.
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