Aujourd'hui je suis alle me promener avec deux Purpanais. Nadine, qui est venue a Niagara avec nous, et Bernard. Les deux sont stagiaires ici, Nadine en microbio, Bernard dans une entreprise de controle d'exploitations laitieres.
Ca fait plaisir de parler un peu francais, quand meme... J'ai l'impression, en anglais, d'avoir le langage simple et pauvre d'un gosse de 10 ans. Pas facile donc d'exprimer des nuances, ou de faire des blagues. J'ai bien essaye, mais le taux de reussite est extremement faible.
Nous louons une voiture, et nous voila donc partis vers St Jacob, ou se deroule parait-il un marche Amish. Les Amish, ce sont ces protestants anabaptistes qui refusent certaines formes de progres, dont l'electicite, les vehicules a moteurs,...
Il y a souvent des blagues et des jeux
de mots vaseux devant les eglises canadiennes. La derniere fois, j'ai vu "Not my way, not his way, but Yaweh". Moi je trouve ca amusant, je me demande si ils gagnent des adeptes avec ce genre de
publicite... (NB : Dairy Queen est un genre de fast food ou sont vendus glaces, gateaux et produits lactes).Nous trouvons le Marche. Premiere constatation : nous ne soimmes pas les seuls a avoir eu cette idee la. Le parking est bonde (on se croierait sur un parking de plage a Anglet). Hmm, pas beaucoup de charettes.
Bernard a entendu dire que le marche a bestiaux est l'endroit le plus interessant des lieux. Nous traversons une Halle, le marche aux puces, et essayons de rentrer dans la Halle aux bestiaux. C'est pas gagne. Les portes interdisent aux visiteurs de rentrer, et au niveau de l'entree principale, des groupes d'amish a l'air pas commode veillent. Il doit y avoir differentes communaute car on remarque des groupes differants par la couleur du pantalon. Tous portent par contre une chemise claire a rayure, des bretelles et un chapeau. Les hommes ne se rasent plus a partir du mariage.
Et en l'occurence, ils restent devant l'entree.
Nous nous faufillons dans une salle jouxtant le hangar.
A l'interieur, une drole de scene se deroule. Une petite tribune, sur laquelle reste un public attentif et calme. Des types en contrebas saissisent des objets sur la table (rateaux, selles,...) et les montrent au publics. Et un mec sur une estrade mene les encheres. Ou plutot, il les chante. Le debit de ses paroles est impressionant. Il doit etre tres attentifs aux mouvements du public, car je ne vois personne bouger. Et il psalmodie, rapidement, en modulant de temps en temps sa voix : "tenteneleventwelvetwelvethirteenthirteenthirteenonetwofourteenfourteenfourteenonetwothree-how many do you want?". Et ca continue. Ca sonne comme un melange de rap, pour le debit, et de country, pour les intonations geignardes et haut-perchees.
Moment mythique.Nous passons ensuite dans le hangar a bestiaux, par une porte ouverte depuis la salle d'encheres. Nous arrivons derriere les "gardiens" de la porte, et je peux les photographier tranquillement.
Dans les enclos du hangar, des betes heteroclites sont parquees. Ici des taureaux Hereford, la un troupeau de Holstein; ici des chevaux de traits, la des poulets (?). Les gens passent et regardent les betes avec attention.
Une femme amish est la avec ses deux gamins.
Elle est habille tout en noir, avec une longue robe, et quichenotte sur la tete (c-a-d une casquette etrange).Nous sortons d'ici, et rejoignons le marche regulier. Ici, pas d'Amish. Il y a foule, l'individu le plus represente etant l'homme en short, marcel "Texas" et queue de cheval-casquette. On vend des rateaux, des brouettes. Des bonimenteurs ebaudissent la foule avec des eponges magiques. Un type vend des couvertures "Scarface" - Tony Montana est une veritable idole ici, a en croire le nombre de tee-shirts a son efigie.
Nadine achete des choses et semble interessee par l'endroit. Avec Bernard, nous nous posons a l'ombre et mangeons des Blueberries. Ces baies sont vraiment bonnes, dommage qu'on en aie pas en France. J'en profite pour photographier la foule pour Tom. On y reconnait les phenotypes dominants : la montagne de muscle patibulaire et la femme ventrue (NDLR : l'exageration est un moyen comme un autre pour tenter d'interesser ses lecteurs)
Une tranche de nourriture locale (pizza aux pepperoni), nous voila partis. D'abord Waterloo, dont le centre ville n'arrive pas a nous faire descendre de voiture. Puis un parc naturel, dont les panneaux nous dissuadent : "interdit au public - attention aux moustiques - restez sur les sentiers".
Plus loin, une collegue de bureau de Nadine lui a conseille de s'arreter a Woodside Park. Il s'agit ici, annoncent les panneaux, d'un haut lieu de l'histoire du Canada : la maison ou William King, 10eme premier ministre, a passe son enfance. Nous arrivons a une maison du debut du siecle, entouree d'un jardin.
Nous sommes un peu decu : nous n'y voyons rien de remarquable. Peut etre faut il connaitre William King pour etre emu par le lieu.
Nous regardons les commentaires du livre d'or, le nombre de "Amazing", "Great!!", etc, nous etonne un peu. Un commentaire sort du lot : "my house is older". C'est avec ces mots en memoire que nous repartons d'ici. Cette remarque a son lot de verite : le Canada n'a pas d'histoire. Ou alors il l'a fait disparaitre. C'est etrange, mais lorsque je marche dans Toronto ou Guelph, cette impression est vive : tout est neuf. Il n'y a pas de trace d'un passe remontant avant 1900. Dans toutes les villes francaises, le passe est la : on sent que des gens ont vecu la depuis des siecles. Ici, non. Ca laisse une sensation etrange. Apparamment, je ne dois pas etre le seul. Quand j'ai demande a Ofelia ce qu'elle pensait du Canada, la premiere chose qu'elle a mentionne est cette absence de passe. Venant d'Europe ou d'Amerique Latine, ca surprend.
Me voila donc de retour a Guelph, apres une journee entre pieges a touristes et Amerique profonde.



(avis aux ex-internes barthousiens : Arthur avait
exactement la meme photo sur son bureau)