Me voila en train de passer mes derniers jours a Guelph, Ontario. Désolé, pas de trucs de ouf cette fois-ci, cet article transcrira ce que je vis 90% du temps : la routine.
La faculté s'est rempli de gens. C'est la rentrée. Les premiers jours, il y a eu des "open crackers - open café" le soir dans une salle, et des gens qui te sautait dessus pour faire connaissance. Bien que super protocolaire, c'était plutot sympa. Depuis lundi, les choses ont commencé a s'énerver un peu.
Lundi, comme tous les ans, les étudiants de l'Université ont battu un record du monde a la con. A Guelph, cette tradition a 10 ans. Je ne sais pas d'ou c'est parti, mais chaque université du Southwestern Ontario (Waterloo, London, Kitchener...) bat un record lors de l'intégration.
Il y a quelques annees, les etudiants de Guelph avaient battu le record du plus grand tapis roulant humain ou meme celui du nombre de gens utilisant le langage des
signes en meme temps.
Cette année, le record battu a été celui du nombre de gens faisant un "high five" en meme temps. "High five" ? Explication : c'est le fait de se taper dans la main, bras tendu, au dessus des
épaules, en signe de satisfaction et de remerciement mutuel. C'est un geste vraiment tres canadien (ou nord-americain, meme). Combien de fois mes collegues de champ m'ont gratifié d'un High Five
a la fin du desherbement d'une parcelle!!
Si vous voyez pas, cette image du record, ou celle-ci tirée du folklore capitaliste, vous montreront le geste :
Bref, le record de tapage de main revient a l'Université, et ca ne m'étonne pas trop...
Ces deux derniers jours, apres deux jours de ventes de posters, le hall du batiment principal de la Fac' était dédié aux clubs. Les assoc' et clubs de la fac se
présentaient donc, chacun a un stand, et essayait de recruter. Les activités des clubs etaient tres homogènes : soit c'etaient des clubs humanitaires (aller combattre la pauvreté et le sida en
Afrique de l'est / en Asie / ...), soit c'etait des clubs religieux.
Enfin, l'ambiance devient "sportive". Les bus de la ville de Guelph portent des grandes peintures a la gloire des stars des equipes de l'université. On peut donc y
voir la gueule du Quaterback de l'equipe de football americain, ou celle du gardien de l'equipe de hockey... Etonnant.
Il y a aussi des gens qui militent pour la réduction des frais universitaires (et ouais, ca tourne dans les 25.000 dollars par an) ou qui recrutent pour le club de ski. Les ingénieurs, tous habillés avec un teeshirt bleu et avec une crete pour les gars, qui défilent en chantant le nom de leur école dans la fac. Et le célèbre canon, "old Jeremiah", qui est peint toute les nuits.
Bref, il se passe des choses dans la fac'. Pour moi, toujours la routine...
Je me lève le plus tard possible. Je prends mon velo, je traverse le lotissement communautaire a loyer modéré. Je passe derriere le centre commercial.
Tous les matins, une femme corpulente fume une clope dans sa voiture, un café a la main. J'imagine qu'elle fait semblant d'avoir un boulot et qu'elle fait passer sa matinée comme ca.
Puis je passe devant les magasins et les fast food. Effet de la rentrée ? Deux nouveaux fasts-food s'y installent (malgré le fait qu'il y ait un Mc Do, un Burger King, un Dairy Queen, un KFC, un
NY Fries et un Subway en 200 metres) et recrutent du personnel.
Un peu de route, ou les 4X4 et les pick-ups me frolent et me font penser que Guelph est le pire endroit ou j'ai jamais fait du vélo. La caserne des pompiers, toujours en alerte, le giga-camion
pret a partir. Puis l'immeuble du gouvernement, ou les lundis et mercredis sont chomés.
Et c'est le boulot. Selon l'envie (la mienne, et celle du spectrophotometre), je fais des analyses ou je tue le temps sur un ordi en faisant des graphes et en
allant sur Internet. Le déjeuner dans le jardin du batiment seul (la plupart des collègues mangent en travaillant).
Mardi, alors je formais mon tuteur a l'utilisation du spectrophotometre, il a eu l'idee de passer outre l'interdiction "do NOT adjust" sur la valve de la bouteille d'air comprimé et mes
conseils... déreglant irremediablement l'entrée d'air. Depuis, evidemment, ca ne marche plus, alors je m'occupe sur l'ordi.
Les soirées ne sont pas plus sociables (les canadiens anglophones n'ont pas le meme sens de l'amitie que nous), mais passent mieux. J'aurais appris l'anglais, ici, mais aussi la solitude, puisque
je ne m'ennuie pas souvent. Béni soit Guttenberg.
Je traine dans Guelph, aussi. Dans le centre, ou un tag m'interpelle enormement :
La rue "old Quebec", le spot romantique de la ville... C'est en fait une rue couverte, avec un centre commercial, ou les magasins sont branchouilles et avec des noms francais. Decidement, le Quebec et l'Europe, ca les fait rever.
Dans la fac, aussi. Hier j'ai fait quelques photos nocturnes. J'aime la facon dont les couleurs sont vivifiées.
Mais la routine morne de Guelph va bientot cesser...! Vendredi, mon sac sur le dos, je prendrai le Greyhound et je me casserai a Toronto. J'irai probablement voir
le concert de Bad Religion et des Dropkicks Murphys, en centre ville, qui me rappellera le temps ou je ne comptais pas les kilometres pour aller voir des concerts punks. Une nuit a l'aéroport, et
je décollerai pour Edmonton, dans les Prairies. Je retrouverai Claire (la petite et la grande) a Jasper, au debut des Rocheuses, pour une semaine de road trip vers Vancouver.
Je passerai la semaine suivante sur Vancouver Island avec Claire.
Et je partirai le 9 octobre pour Lima et un mois et demi de vadrouille!
D'ici la, les jours passent, les Greyhounds filent vers Toronto... j'attends mon tour.
En relisant l'article de NY, je me suis rendu compte que je n'ai pas du tout parlé de la difference entre les States et le Canada. Pourtant, c'est enorme, alors... c'est parti :
Aux Etats-Unis, le climat n'est pas serein. Le bussinesman de la crevette qui nous a pris en stop, par exemple, avait une peur bleue de ce qui pouvait lui arriver,
ou qu'il soit a New York...
Dans le metro, dans la rue, des affiches annoncent "if you see something, say something", et demandent aux gens d'etre suspicieux envers tout ce qui n'est pas prévu. Cela a sans doute une influence dans la politesse et l'ouverture des gens envers les inconnus.
Les Mexicains sont des branleurs. Evidemment, c'est pas moi qui le dit ou meme qui le pense, c'est un papier du gouvernement. Plus precisement le "bon de sortie du
territoire" emis par l'immigration, et qui est a remettre "aux autorités canadiennes a la frontiere du Canada, aux autorités étatsuniennes a la frontière du Mexique". Confiants. D'ailleurs, a la
frontiere canadiennes, les douaniers n'etaient pas tres interesses par ces bons de sortie, puisqu'ils ne les prenaient pas. Pensant a une erreur, je suis retourné voir le douanier, qui n'a pas eu
l'air tres concerné. On verra si je suis interdit de séjour aux States...
NY est latino. Et les entreprises en tiennent compte : la moitie des pubs sont bilingues, voire entierement en espagnol. Je me rappelle d'un pronostic, a un repas
de famille, de quelqu'un qui affirmait que l'espagnol allait devenir une langue officielle aux States, qui m'avait laissé songeur. C'est peut etre plus pres de la vérité que de
l'erreur.
Katrina. Un an après, on parle encore parle de l'ouragan. Au Canada, ou j'ai entendu plein de gens convaincu que Bush n'a pas évacué la population pauvre et noire
de la Nouvelle Orleans, parce qu'ils n'etaient pas "economiquement utiles", voire par racisme. Aux States aussi, ou lors des rares moments ou nous avons allumé la télé chez Thibaud, nous avons pu
voir des emissions consacrées au desastre. Avec des chaines conservatrices, qui defendaient Bush et tenaient un discours "ca peut arriver", notamment.
Les gens sont surveillés. Dans la rue, il y a une caméra de surveillance tous les 5 mètres. Personnellement, ca m'oppresse plus que ca ne me rassure.
La pauvreté. A NY elle s'affiche. Je n'ai jamais vu autant de gens dormir dans la rue. Pres d'Union Square, c'est hallucinant. A Toronto ou a Guelph, j'ai peut etre
vu un clochard en 3 mois. Mais je ne sais pas si les Canadiens cachent leur pauvres ou si tout le monde a le minimum pour vivre...
En fait, comparé aux States, le Canada ressemble vraiment a la caricature qu'on en voit dans les trucs americains (comme South Park) : les gens sont polis, la
societe est juste, ♪ paix, amour, liberté et fleurs ♫, en quelque sorte. Et c'est pas si faux... la societe canadienne me parait vraiment harmonieuse.... bien que très surveillée, conformiste et
sans un gramme de folie, mais c'est un autre débat (qui doit rassurer les agents de l'immigration canadienne quand a ma volonté de rester vivre ici).



Aloys, Rafael et Thibault