Avant de partir de Lima, nous avons eu l'occasion de faire une rencontre assez inattendue. Au petit dejeuner, un couple de francais passe a cote de moi, et se retourne vers mon polo ENSAT : "Ensat?? Carole, promo 99!". Apres une petite discussion, nous partons prendre notre bus pour Pisco, a une grosse centaine de kilometres de la, sur la cote.
Nous avons choisi un bus de classe economique. Nous sommes parmi les seuls touristes, puisque il faut croire que les autres choississent les classes plus cheres, plus rapides... et moins typiques. Notre bus s'arrete partout, il n'a pas d'arret precis. A chaque bourgade, des vendeurs ambulants montent dans le bus pour proposer boissons, cacahuetes, verres de gelatina..
La route - la Panamericaine - trace a travers le desert. Le ciel est gris, le sable est terne...
De temps en temps, au milieu de nulle part, on rencontre un espece de bidonville aux maisons tres espacees entre elles. Des abris de migrants en route vers Lima, parait il. Dans de rares vallees ou un rio coule, des villages poussiereux et deglingues se sont construits. Et les gens y essayent de faire sortir quelque chose des sables. Plus loin, ce sont des dizaines de cages en grillage, saturees de volailles.
Nous arrivons a Pisco. Mais cette ville, avec tous ces agents de tourisme et ces rabatteurs de restaurants, nous opprime un peu. Nous partons bien vite en combi vers Paracas, un village de pecheurs voisin, situe a l'entree d'un parc national marin.
Le village est tranquille. Après Lima, la promenade et les quelques gargottes, le port avec ses barques de pecheurs et ses pelicans, reposent.
Nous trouvons un type, sur le port, qui nous propose de nous faire faire un tour le lendemain en bateau, au large, voir les iles Ballestas. Ces iles sont peuplees de millions d'oiseaux (et d'autres bordels), et sont exploitees de temps en temps pour le guano. Le gars est assez coinvaincant, on risque pas grand chose puisque on paye apres la ballade. Et puisque il n'y a pas d'autre moyen d'aller voir ces iles que de prendre un bateau de touristes...
En fait, c'est une sacree magouille en vue. Le lendemain donc, nous retrouvons le type a l'heure du depart. Il y a plein de groupes qui embarquent. Nous restons a deux, a attendre quelque chose. Quoi ? Qui? Un minibus s'arrete (plein ou presque), nous nous faisons une place dedans. Surprise : l'ensatienne de Lima est dedans. Elle est passee par une agence et a deja payé. Bon, on se pose quelques questions, mais ce n'est pas le cas du proprio du bateau qui nous fait embarquer comme les autres.
Depuis le batal, nous passons devant le Candelabre, un gigantesque geoglyphe due a une civilisation préinca, qui suscite beaucoup d'interrogation quand a son utilité.
Les iles elles meme sont envahies d'oiseaux divers. Mouettes, cormorans, sarcelles (?), vautours, pélicans, pingouins de Humboldt...
Tout ca chie abondamment, et on comprend pourquoi la couche de guano au debut de l'exploitation atteignait 30 m d'epaisseur. 80 personnes vont regulierement sur l'ile pour le ramasser. Nous faisons modestement notre part du travail depuis le bateau.
Il y a aussi des lions de mer, qui font les larves sur les rochers. Une plage en est couverte (de lions de mers), si bien que pour bouger, les bestioles se rampent dessus.
Au retour du bateau, nous rencontrons le type du port et le payons. Il doit etre de meche avec le conducteur du minibus...
La prochaine étape est Ica, via la ville voisine de Pisco. Sur la route, nous observons les tentatives de cultiver le désert (paprika, coton, cactus nopal,...). Un type laboure son champs avec
une mule. Un autre, a la pelle (on lui souhaite bien du courage).
Plus loin, de grosses exploitations accueillent des camions d'ouvriers qui attendent devant les portes. Celles ci doivent irriguer abondamment, et ont du matos en quantité. Certaines vont meme
jusqu'a cultiver des arbres fruitiers..
Pres d'Ica, les terres sont un peu plus fertiles, et on y cultive la vigne (pour elaborer le fameux Pisco) : on y reviendra.
Ica est situee au milieu du desert et des dunes. A quelques kilometres, une oasis : Huacachina. C'est la que nous allons.
L'oasis est un lieu assez touristique, mais les touristes sont principalement peruviens. Sa presence sur les billets de 50 soles y est peut etre pour quelque chose.
L'absence de toit dans la salle de bains de l'hotel permet d'affirmer qu'il ne pleut pas souvent ici...
Un sport extreme peut s'y pratiquer : le sandboard (descente de dune en snowboard).
J'ai testé pour vous. Beaucoup (trop) de parametres influent sur la glisse (waxage de la planche, pente,..). Ce qui fait que soit ca glisse trop ("aaaaahh on peut pas tourner - SBAF"), soit ca
glisse pas. Interessant. Un vrai divertissement, d'après Orianne.
Le lendemain, nous partons voir une exploitation de Pisco. Minute viticole : le pisco est une eau de vie blanche obtenue par distillation du vin de la region (cepage Quebranta), absolument pas vieillie. Ca arrache un peu pur, aussi les peruviens le boivent il avec du citron, de la glace pilee et du blanc d'oeuf (Pisco Sour) - et c'est bien meilleur.
A l'origine et jusqu'il n'y a pas longtemps, le jus de raisin fermentait en jarres au soleil,
Le Christ veillait sur la distillation (et sa croix agrementée de symboles plus ou moins paiens - Lune, fleurs, tete de mort, echelles),
et les vignes etaient taillees en pergola. Des champs de haricots entre les parcelles s'occupaient d'attirer les parasites du coin hors des vignes.
Aujourd'hui, on taille en vigne basse, on n'ecrase au pied que lors de la fete du Pisco, et on fermente en cuve d'acier. L'eau de vie est reposee 2 mois en cuve (metal, toujours), et vendue jeune. Les techniques se modernisent a grande vitesse, donc... Et les Peruviens se battent contre les chiliens pour l'appellation Pisco, a grand renforts de publicites : "le champagne est fait en France, dans une region appellee Champagne ; La tequila est faite au Mexique, dans la ville de Tequila ; et le Pisco ??".
Puis, dans Ica, je rencontre une merveille de la nature : un chien sans poil peruvien.
Le bus pour Nazca est encore un bus economique. Outre les fenetres qui laissent passer le vent, il permet de visionner un flim de kung fu captivant et au doublage desastreux (meme a TV ENSAT, en faisant expres, j'ai fait un doublage aussi affreux)... puis des clips latinos de deuxieme serie, tous pareils. Au choix, un crooner a moustache chante une chanson d'amour-caliente devant deux boudins en maillot de bain. Ou un crooner a moustache et son orchestre interpretent une chanson d'amour-avec-des-fleurs. Ca envoie du pélican.
Nazca ! L'attrait principal de cette ville, ce sont ses lignes et ses dessins traces dans la pampa il y a un ou deux milliers d'annees... Mais puisque nous arrivons trop tard pour se joindre a un
groupe et survoler les lignes avec un petit avion, nous allons y rester plus longtemps et decouvrir un peu plus que les lignes.
La ville est plutot agreable. Le centre ville est assez neuf et propre. Sans doute a cause du seisme, qui, dix ans plus tot, a rasé la ville... Et les gens sont assez cools et sympas avec les
gringos - le seul revenu de la ville. Comme partout au Perou, les murs revetent des tons rouges et bleus...
Le soir, nous nous rendons a une "lecture" des lignes. Explication : les lignes ont ete decouvertes et etudiees (pendant 47 ans!) par une mathematicienne allemanoperuvienne, Maria Reiche. C'est
grace a elle que les lignes sont connues dans le monde entier... Tout dans la ville ou presque porte son nom, mais bien souvent pour se faire de l'argent dessus.
Une de ses collaboratrices, Viktoria Nikitzki, a repris le travail. Essentiellement, continuer les recherches, et accumuler les demarches pour proteger les lignes. Le soir, elle recoit qui le
veut chez elle pour parler des lignes et proposer des explications.
Nous restons 2h30 avec elle, a parler des lignes et de l'ordre du monde. Resume sur les lignes : elles seraient un calendrier astronomique (pour les solstices et les equinoxes), d'une part. Et
aussi, un marquage des eaux souterraines superficielles. Car bien que vivant dans une region ou il pleut 2 mm par an, les Nazcas n'avaient pas trop de problemes de ce cote la. Les trapezoides
etaient donc un moyen de transmettre aux generations futures les zones ou l'on pouvait trouver de l'eau...
Viktoria Nikitzki est vraiment quelqu'un de pas banal... Une bonne chose d'avoir frappe chez elle...
Le survol des lignes le lendemain est impressionnant... Outre les dessins bien connus, la pampa est couverte de lignes de plusieurs kilometres de long, et de trapezes et de triangles. Les dessins d'animaux sont incroyables !!!! Ca vaut le coup de se mettre le bide en vrac (et un virage sur l'aile pour que tout le monde puisse bien voir, un !).
L'apres midi, des lors que la chaleur est devenue supportable, nous allons voir les aqueducs nazcas. Ces constructions souterraines (2000 ans) amenent l'eau depuis les Andes. Des dizaines de puits concentriques servent a recuperer l'eau des rares pluies et a les ajouter a l'aqueduc.
Les aqueducs sont encore en etat de marche. Ils ont resiste a deux millenaires de seismes et alimenent encore Nazca en eau. Vraiment, ces Nazcas etaient doues...
Plus loin, une montagne surplombe une pampa et d'autre geoglypes. Des hachures, et, plus loin, une spirale. A en croire Viktoria, les hachures signifient que la zone n'a pas d'eau superficielle. La spirale indique le meilleur endroit pour acceder a l'aquifere.
Nous prenons un bus de nuit pour Cuzco. 14 heures de route au milieu des Andes. Ce qui signifie, a la louche, 874 lacets, des dizaines de cols, et 13564 metres de denivelé... Heuresement, deux navets viennent enrichir ma culture potagere. Petit resumé. Dans le premier, un flic de NY tue une dizaine de ses collegues ripoux et fait une prise d'otage pour proteger un temoin que la mafia veut voir mort. Dans le deuxieme, un flic new yorkais tue une bonne quarantaine de malfrats pour faire la lumiere sur un meutre raciste et retrouver le temoin. Interessant. Comme dans chaque flim vu jusqu'a present dans les bus preruviens, la phrase "Vamos a pelear !" (on va se battre!) est essentielle pour la comprehesion. Mes tympans menacent de se dechirer a chaque kilometre, mais arrivent entier a Cuzco, 4300m, capitale de l'Empire Inca.
Premieres impressions : Cuzco est une ville magnifique. J'ai mal a la tete (mais le mate de coca paraissent efficace). Des murs incas, dans chaque rue, soutiennent des constructions coloniales. Les montagnes entourent la ville. Ca promet.


