Samedi 10 février 2007
Le matin d'un mardi, comme tous les jours, nous avons examiné mes pieds pour y chercher un présage favorable au départ. Enfin, l'oracle donnait la reponse attendue.
Alors nous n'avons pas trainé. Mes pieds ont accepté les chaussures. Mes epaules ont retrouvé leur compagnon favori, Quechua 50 L de son petit nom. Et nous sommes parti vers la gare de bus.
Premiere etape : Paysandu, a 400 km de Montevideo, sur le Río Uruguay et la frontiere argentine.
Le soleil se couche, la campagne est belle. Les vaches marchent vers les points d'eau, entre les gros rochers arrivés là on ne sait comment. Nous cherchons des autruches du regard, en vain. Un orage eclate. Les gouttes s'eclatent contre les vitres du bus en laissant des trainées presque paralleles - celles que je regardais avancer, se rejoindre, disparaitre quand j'etais gamin.
Nous arrivons a Paysandu, la nuit est deja bien avancée. Je discute avec un vieux qui fume devant sa porte, le maté a ses pieds. Il m'indique un hospedaje qui s'averera ne plus exister. Personne dans les rues, a part devant la mairie ou des conseillers municipaux font la greve de la faim, a cotés de deux types qui tapent sur des tambours. Greve de la faim, et aussi de sommeil apparamment. Claire resoud l'enigme : "qui dort dine" implique que dormir c'est tricher. D'ou les deux sonorisateurs. Pauvres conseillers municipaux.
Le lendemain, nous cherchons a traverser la frontiere pour atteindre Colon, de l'autre coté du fleuve. L'agence de bus a de mauvaise nouvelles - cinq heures a attendre -, mais nous explique comment faire sans eux. Dans cette partie du monde, le commerce est different, puisque les commercants envoient facilement les gens chez les concurrents. Dans notre cas, nous prendrons un bus de ville...
En attendant le dit bus, un transport scolaire passe.

Dans le bus, un hippie argentin nous apercoit et vient nous taper la discute. Je ne suis pas d'humeur bavarde... mais puisque nous faisons le meme trajet, nous allons nous entraider.
Nous passons donc la frontiere a pied. Notre passeport change 5 fois de mains, le douanier se perd dans mes tampons uruguayens et argentins : je commence a en avoir une jolie collection, pas facile de trouver le dernier.
Puis, c'est la marche. Les voitures sont pleines a craquer de familles argentines revenant des plages Uruguayennes et de Punta del Este. Le stop est inutile. Et le pont est long.

C'est que le fleuve n'est pas du genre petit.

Sur les rives marecageuses, nous nous attendons a voir des crocodiles, mais point.


Au bout du pont, un espece de camp de fortune. Tout le materiel est pret, meme si il n'y a pas de bloqueurs aujourd'hui... C'est le camp des coupeurs de pont argentins, qui protestent contre les papeteries uruguayennes. Nous en reparlerons au retour...

Nous retrouvons le hippie a la station service. Le stop n'a pas marché, ni pour lui ni pour nous. Nous appellons un remis (taxi informel sans compteur), et partageons. 7 km plus loin, Colon. Le hippie nous donne des bons conseils pour notre trajet ("passez par Concordia, c'est plus court!").
Puis, nous partons decouvrir Colon. Les rues sont en terre. Les maisons sont belles basses, avec un toit plat, comme toutes les maisons rioplatenses - pour donner de l'importance aux hommes à cheval, dit Borges.
Sur les bords du Río Uruguay, quelques plages populeuses, un lampadaire, un bateau rouillé sur le flanc, des nuages contrastés. J'aime cet endroit.



Mais nous devons partir. Trop vite, sans doute, mais le bus pour Concordia n'attend pas, malgré son heure de retard.
De Concordia, nous ne verrons cette fois ci que le terminal. Un autre bus, de nuit, nous emmene a Puerto Iguazu. Le stewart sert du vin ouvert a la cuiller. L'Argentine n'est donc pas seulement le pays ou le vin se boit avec des glacons ou de l'eau gazeuse... Le gamin de 16 ans devant nous negocie un kalimutxo avec brio.
Le lendemain, j'ouvre les yeux. Le paysage a changé. Il est vert et rouge. Le vert profond de la vegetation, partout. Le rouge vif de la terre et des chemins. Un peu de brouillard leche le tout.
Les villages ont des noms evocateurs : El Dorado, Puerto Esperanza. C'est la jungle, deja. Meme si les plantations de soja, et les eucalyptus et les pins alignés, ca et là, montrent que l'endroit est deja bien colonisé.

Quelques heures plus tard, nous arrivons aux chutes d'Iguazu. Au portail, des banderoles des gardes du parc denoncant la corruption, et les suppressions de postes.
Puis les chutes elles meme. Partout, dans la jungle, des cascades.









Et des animaux : des caimans,


des coatis,



et des nuages de papillons (qui sont plus facile a photographier lorsque le nuage eclate et repand les paipillons sur le sol)

Nous y revenons le soir pour les voir sous la Pleine Lune : magique, et trop court.




Nous repartons d'Iguazu de nuit, pour atterir a l'aube a San Ignacio et sa mission jesuite.
A suivre...













































