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Origine controlée

Une carte avec toi dessus
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Samedi 10 février 2007

Le matin d'un mardi, comme tous les jours, nous avons examiné mes pieds pour y chercher un présage favorable au départ. Enfin, l'oracle donnait la reponse attendue.
Alors nous n'avons pas trainé. Mes pieds ont accepté les chaussures. Mes epaules ont retrouvé leur compagnon favori, Quechua 50 L de son petit nom. Et nous sommes parti vers la gare de bus.


Premiere etape : Paysandu, a 400 km de Montevideo, sur le Río Uruguay et la frontiere argentine.
Le soleil se couche, la campagne est belle. Les vaches marchent vers les points d'eau, entre les gros rochers arrivés là on ne sait comment. Nous cherchons des autruches du regard, en vain. Un orage eclate. Les gouttes s'eclatent contre les vitres du bus en laissant des trainées presque paralleles - celles que je regardais avancer, se rejoindre, disparaitre quand j'etais gamin.

Nous arrivons a Paysandu, la nuit est deja bien avancée. Je discute avec un vieux qui fume devant sa porte, le maté a ses pieds. Il m'indique un hospedaje qui s'averera ne plus exister. Personne dans les rues, a part devant la mairie ou des conseillers municipaux font la greve de la faim, a cotés de deux types qui tapent sur des tambours. Greve de la faim, et aussi de sommeil apparamment. Claire resoud l'enigme : "qui dort dine" implique que dormir c'est tricher. D'ou les deux sonorisateurs. Pauvres conseillers municipaux.

Le lendemain, nous cherchons a traverser la frontiere pour atteindre Colon, de l'autre coté du fleuve. L'agence de bus a de mauvaise nouvelles - cinq heures a attendre -, mais nous explique comment faire sans eux. Dans cette partie du monde, le commerce est different, puisque les commercants envoient facilement les gens chez les concurrents. Dans notre cas, nous prendrons un bus de ville...

En attendant le dit bus, un transport scolaire passe.

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Dans le bus, un hippie argentin nous apercoit et vient nous taper la discute. Je ne suis pas d'humeur bavarde... mais puisque nous faisons le meme trajet, nous allons nous entraider.

Nous passons donc la frontiere a pied. Notre passeport change 5 fois de mains, le douanier se perd dans mes tampons uruguayens et argentins : je commence a en avoir une jolie collection, pas facile de trouver le dernier.

Puis, c'est la marche. Les voitures sont pleines a craquer de familles argentines revenant des plages Uruguayennes et de Punta del Este. Le stop est inutile. Et le pont est long.

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C'est que le fleuve n'est pas du genre petit.

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Sur les rives marecageuses, nous nous attendons a voir des crocodiles, mais point.

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Au bout du pont, un espece de camp de fortune. Tout le materiel est pret, meme si il n'y a pas de bloqueurs aujourd'hui... C'est le camp des coupeurs de pont argentins, qui protestent contre les papeteries uruguayennes. Nous en reparlerons au retour...

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Nous retrouvons le hippie a la station service. Le stop n'a pas marché, ni pour lui ni pour nous. Nous appellons un remis (taxi informel sans compteur), et partageons. 7 km plus loin, Colon. Le hippie nous donne des bons conseils pour notre trajet ("passez par Concordia, c'est plus court!").

Puis, nous partons decouvrir Colon. Les rues sont en terre. Les maisons sont belles basses, avec un toit plat, comme toutes les maisons rioplatenses - pour donner de l'importance aux hommes à cheval, dit Borges.
Sur les bords du Río Uruguay, quelques plages populeuses, un lampadaire, un bateau rouillé sur le flanc, des nuages contrastés. J'aime cet endroit.

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Mais nous devons partir. Trop vite, sans doute, mais le bus pour Concordia n'attend pas, malgré son heure de retard.

De Concordia, nous ne verrons cette fois ci que le terminal. Un autre bus, de nuit, nous emmene a Puerto Iguazu. Le stewart sert du vin ouvert a la cuiller. L'Argentine n'est donc pas seulement le pays ou le vin se boit avec des glacons ou de l'eau gazeuse... Le gamin de 16 ans devant nous negocie un kalimutxo avec brio.


Le lendemain, j'ouvre les yeux. Le paysage a changé. Il est vert et rouge. Le vert profond de la vegetation, partout. Le rouge vif de la terre et des chemins. Un peu de brouillard leche le tout.
Les villages ont des noms evocateurs : El Dorado, Puerto Esperanza. C'est la jungle, deja. Meme si les plantations de soja, et les eucalyptus et les pins alignés, ca et là, montrent que l'endroit est deja bien colonisé.

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Quelques heures plus tard, nous arrivons aux chutes d'Iguazu. Au portail, des banderoles des gardes du parc denoncant la corruption, et les suppressions de postes.


Puis les chutes elles meme. Partout, dans la jungle, des cascades.

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Et des animaux : des caimans,
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des coatis,

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et des nuages de papillons (qui sont plus facile a photographier lorsque le nuage eclate et repand les paipillons sur le sol)

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Nous y revenons le soir pour les voir sous la Pleine Lune : magique, et trop court.

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Nous repartons d'Iguazu de nuit, pour atterir a l'aube a San Ignacio et sa mission jesuite.
A suivre...
Par Fernand - Publié dans : fernando
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Samedi 27 janvier 2007
La lutte contre les cartes et les taupes geantes est dure et ingrate. Aussi faut il prendre des vacances de temps en temps.

Jeudi dernier, je suis parti vers Buenos Aires et son aeroport pour retrouver Claire. Dans le taxi qui m'y amène, ca discute ferme avec le chauffeur. Entre autre, il me demande comment les Francais voient les Argentins et les Sud-Americains. Plutot que de parler football, je lui explique que certains, parfois, pensent que l'Amerique du Sud essaie des voies politiques nouvelles et prometteuses. Que des changements de societe ont lieu, que des choses s'inventent.
Refus categorique de sa part : "je verrai pas ca de mon vivant!". Pour lui, rien ne change, l'Argentine stagne. Avec tout ce qu'ils ont de petrole, de minerai. Un si grand pays, avec si peu de gens, et une agriculture prospere. L'Argentine devrait deja etre riche. Mais tout ca est volé, gaché.
Le reste de l'Amerique du Sud ? "Tu veux dire, les Boliviens, les Paraguayens? pffff... Les venezueliens avec leur nouveau president? Au Bresil, je dis pas, mais ils en ont pour 50 ans pour resoudre la misere."
Et de finir comme beaucoup : "Des que je peux, je pars".
Ce type est interessant. Et pessimiste. Meme a propos du foot. S'il aime ca? "Bof... Oui, un peu, mais je vais plus voir de matchs au stade depuis des annees. Tu sais quand tu y vas, tu sais pas quand tu reviens. Trop de hooligans, alors...". Ca m'etonne un peu. Je lui demande de quel club il est (question o combien importante pour le commun des mortels). Lui, les yeux brillants : "River !!". Je me disais bien qu'il jouait la comedie en disant ne pas s'interesser au foot.


Je retrouve Claire. Nous restons un peu a Buenos Aires, dans le quartier de San Telmo. Quartier beaucoup plus sympa que Palermo, ou j'avais ete avec Fabien et Orianne. Et en plus, on peut trouver des avocats et du vieux parmesan.

Autour d'un croissant, pres de la Plaza de Mayo, nous parlons des Mères de la place, qui continuent a se reunir. J'explique a Claire que la page de la dictature n'est pas fermee, ni ici, ni en Uruguay. Que les gens de plus de 30 ans ont connu l'exil ou la repression, et que c'est une difference importante avec la France. Comme pour me donner raison, une manifestation arrive sur la Plaza de Mayo.

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Il y a beaucoup de monde, et la foule est assez heteroclite. Ils reclament la "réapparition" de Julio Lopez. J'en ai deja parle, mais en deux mots, c'est un opposant qui a ete torturé dans un des centres de disparition, et qui s'en est sorti. Il est devenu le temoin clé d'un des dirigeants de ces reseaux de repression. Il a disparu il y a 3 mois.


Les jours suivants, nous allons a Montevideo en passant par Colonia. La vieille ville portugaise est effectivement plus interessante lorsqu'elle est deserte.
Montevideo a bien du charme avec son vieux marché ou les touristes et les groupes de copains se retrouvent, les premiers autour de grillades, les autres au comptoir des gargottes.
De toute les rues de la vieille ville, on apercoit un bateau geant. Vraiment geant. En s'approchant, il apparait que c'est le plus grand bateau du monde, le Queen Mary II. Tout s'explique, y compris les Americains en short et la Policia Turistica a chaque coin de rue.


Puis, un midi, c'est parti pour les plages de l'Est. Direction Cabo Polonio. On m'avait beaucoup parlé de cet endroit. La route est longue et le bus nous debarque dans un nulle part populeux. Les champs alentours sont parsemes de palmiers. Pour aller au Cabo, nous prenons un camion-buggy. Il trace a travers les dunes. Nous arrivons a un village etrange, qui tient plus d'une communauté hippie que d'autre chose. Les maisons sont posees un peu n'importe ou. Chacun a construit la sienne. Des types tapent sur des djembes. D'autres vendent des colliers de coquillage.
Deuxieme effet kiss cool : tout est hors de prix. Nous cherchons une piaule. Mais a 95 dollars la nuit, faut pas craquer, ca sera camping sauvage. Idem pour la mangeaille, tout vaut 3 fois plus cher qu'a Montevideo. Ca frise le foutage de gueule, nous nous contenterons de pain, de fromage et d'une tomate.
Je commence a maudire ce village. La veille, je demandais a Claire de m'expliquer par l'exemple ce qu'etait un bobo. Je crois que maintenant, j'ai une idee, surtout que ce lieu est blindé de francais.
Nous posons donc la tente derriere une petite dune, histoire de se proteger du vent violent, mais pas du sable. D'ailleurs, a propos de sable, ca n'a pas ete facile de fixer la tente... La nuit est difficile.

Consolation : le lendemain, nous profitons du lever de soleil et du village desert.
 
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Et nous allons reveiller les otaries qui bronzent sur les rochers du phare. De temps en temps, un gros male montre a ses voisins qu'il a une tres grande bouche et qu'il crie tres fort.

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zoom :
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Nous ne restons pas la. Nous partons, en longeant la plage, vers Valizas, le village voisin. Une promenade de 3 heures qui s'avera difficile et lourde de consequences! Le soleil tape, malgré l'heure matinale, et le vent souffle contre nous. Pas un endroit d'ombre.

Sur le sable, on trouve toute sorte de choses : des bateaux ramenes par un treuil, le reste d'une grande coque malmenee par un naufrage, et des otaries mortes. Par dizaines. Pas tres agreable, ces charognes, et un peu inquietantes : c'est normal?

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Enfin, Valizas. Constatation des degats : severes brulures des pieds et des chevilles. Trois fois aïe, et c'est que le debut.

Sous les pieds, surprise : des taches de petrole. Le sable nous avait paru bien noir a certains endroits, et je n'avais alors pas reussi a etre sur s'il s'agissait ou non de pollution.
Quand meme, il y a un probleme. Autant de boulettes de fioul sous les pieds, ca m'etait deja arrive il y a quelques annees a Anglet. Seulement, on avait appellé ca une maree noire et les plages etaient interdites.


Valizas est plus sympathique. Ici, les vacanciers sont des jeunes Uruguayens. Ca doit probablement ressembler a ce qu'etait Capbreton ou Hossegor a leur debuts. Nous n'y restons pas. Plus loin, on m'a parlé d'un endroit avec de la foret et des tortues marines, Santa Teresa. C'est parti.


A l'arrivee du bus, il reste encore quelques kilometres. Une famille nous prend en stop dans un pick-up des annees 50. L'environnement a changé. C'est une foret luxuriante, avec palmiers et oiseaux tropicaux. Le Bresil n'est qu'a 20 km, et ca cadre avec ce que j'imagine etre ce pays.

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un inseparable ?
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Nous nous posons sur un campement qui nous parait d'abord improvisé, mais qui s'avere etre geré par des soldats en treillis. Ici, l'ambiance est vraiment familiale. Un gars montre la sono de sa voiture a ses copains. D'autres perfectionnent leur campement, avec parilla, baches, etc. : il ne manque que le frigo.

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Mais pour notre malheur, les pieds nous font souffrir. Ce n'est plus des coups de soleils, c'est des brulures. Alors tant pis pour les tortues et les plages prometteuses. Le lendemain, nous retournons a Montevideo.

Avant, nous faisons quand meme un tour a la forteresse, qui a defendu en vain la premiere independance Uruguayenne contre les Bresiliens.

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Montevideo, de nouveau. Nous soignons les brulures. J'ai des cloques effrayantes a un pied...


Jeudi soir, j'ai eu la reponse a une question qui me poursuivait depuis quelques semaines : que sont ces chaises pliees le long de l'avenue principale ? Les chaises du Carnaval! Le Carnaval del Uruguay est le plus long du monde. Compte rendu en image :

Du candombe

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La foule ebaudie

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Les gamins s'en prennent a la mascotte des Postes Uruguayennes.

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Parmi les gens et les assos qui defilent, il y en a pour tous les gouts. Nix est une marque de soda locale, le type est un syndicaliste.

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Les affaires marchent pour les vendeurs ambulants et les carritos (pardon, centros gastronomicos)

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Un policier deguingandé, un bus avec des rocks stars qui se prennent pour ACDC.

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Une des figures du Carnaval, c'est le candombe. C'est un rythme joue par des dizaines de percusionnistes. Devant les troupes, des danseuses plus ou moins vetues... Non, ce n'est pas le Carnaval de Rio.

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Tout est bon pour mieux voir.

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Les grosses tetes qui font peur aux gamins, comme lors des carnavaux de chez moi...

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Une constatation s'impose : les gens ne sont pas saoul. Trop occupes a boire du maté, probablement. En France, l'accessoire complementaire de la main gauche en soiree serait une biere. Ici, nuit et jour, la calebasse.



Les promenades dans la vieille ville me font de plus en plus aimer Montevideo. C'est delabré mais c'est beau.


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Par Fernand - Publié dans : fernando
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Samedi 13 janvier 2007
Je l'avais deja relaté vaguement il y a quelques semaines : la Fac de Sciences où je travaille a un nouveau voisin, l'Institut Pasteur.
Il y a eu une inauguration officielle et un article dans le Monde pour feter ca. Pensez donc, le seul Institut Pasteur d'Amerique Latine... Globalement, les Uruguayens en sont fiers. Je dis globalement, parce que sur les murs de Montevideo, les tags qui contestent l'installation sont nombreux. Ceux qui tagguent protestent a propos des experimentations sur les animaux, la vivisection, ce genre de choses barbares qu'on associe facilement à la recherche médicale. Jusqu'à cet après midi, je pensais que tout cela n'etait que cornerie et désinformation, fantasmes et élucubrations.

La coloration des murs n'est pas la seule conséquence de l'arrivee de Pasteur. Deux lignes de bus se sont créées ! Volonté politique sans aucun doute, puisque le nombre de gens qui travailleront là ne depassera pas cinquante. Le principal, c'est que le nombre de lignes reliant la Fac au centre a doublé. Et ca, c'est tres bon pour moi.
Ce qui est amusant, c'est que les lignes tournent depuis l'inauguration, il y a un mois. Cependant, l'Institut n'est pas encore ouvert. Personne n'y travaille, si ce n'est un gardien. Les travaux ne sont pas encore terminés.
 

Dans les bus, toujours autant d'animation. Toujours les vendeurs d'objets inattendus, et toujours les musiciens. Les deuxiemes ont mes faveurs. Surtout le dernier que j'ai vu. Ses chansons n'etaient pas bien bonnes et sa guitare ne s'entendait pas... mais il a terminé assez brillament. Apres la chansonnette, il a affirmé faire partie d'une association ayant pour but d'ameliorer la santé des Uruguayens. Et a ce titre a dispensé deux conseils. Le premier : rire. Rire, c'est tres bon pour la santé, les gens qui rient vivent plus longtemps, tout ca. Et le deuxieme, je le traduit approximativement en VO : "el segundo consejo trata del sobrepeso. El sobrepeso es malo para las espaldas, para las vertebras. Por eso es muy importante luchar contre el sobrepeso. Si Usted tiene demasiado peso.... es muy simple, que me da algunos de sus peso. Su salud será mejor. Y la mía tambien. Ustedes rién? Muy bien, su salud ya se mejora. Entonces, pa´su salud, unas moneditas..".
Je me disais bien ces derniers temps qu'une monnaie s'appelant le poids, c'etait bizarre. Maintenant j'ai compris, c'est une question de santé publique. Et je commence a m'en douter, ca invoque beaucoup d'autres blagues.


Magie du bus : nous voila de retour à la faculté de Sciences. Le taf avance. J'ai fini le boulot de photointerpretation. Apres moultes manip', me voila à l'ecran avec une carte des unités de paysages.


Je me doute bien que je suis la seule personne sur Terre a pouvoir comprendre cette prise d'ecran - a mon grand malheur, ce n'est pas ca qui fait de moi quelqu'un de supérieur. M'enfin, c'est beau, merde.


Parfois, mes yeux me rappellent que leur utilité originelle etait la chasse au zébu à mains nues dans la savane, et non l'observation d'un écran. D'ailleurs, leurs rebellions se terminent souvent par des larmes. Alors je fais une concession. Je vais sur l'escalier de secours, voire sur le toit, regarder autour.

 Quatorze etages, ca commence a faire une jolie perspective en regardant vers le bas.

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En regardant l'Institut Pasteur, et les terrains de foot qui le borde... surprise!

Les taupes géantes. Elles sont là.

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Mes yeux, heureux d'enfin servir à affronter d'horribles prédateurs, se concentrent :

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Che ! Viste ! Boludo ! Un match de foot de taupes géantes.


C'est pas ca qui va calmer les opposants a Pasteur. La vivisection passe encore, la constitution d'un club de foot underground pour taupes geantes, ca va plus. Ca expliquerait d'ailleurs pourquoi il n'y a pas ame qui vive dans le batiment. Et pourquoi le soir les gamins des tours et bidonvilles environnants se reunissent pour taper la balle devant la fac, et pas sur le terrain.

Quant a moi, je flippe. J'ai echappé de justesse à la limace géante de Barthou, qui nous rappellait chaque matin avec ses traces baveuses qu'elle régnait sur la nuit (heureusement, elle nous laissait le creneau 20-22h au Parc Beaumont). A Toulouse, j'ai évité un vert géant. Puis, j'ai esquivé de peu les marmottes géantes de Guelph. Pas facile, la survie.


Ciaocito, comme on dit ici.
Par Fernand - Publié dans : fernando
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Lundi 8 janvier 2007
S'il y a bien quelque chose qui m'a sauté aux yeux dans les pays où je suis passé depuis Octobre, c'est la figure du Libertador.


En Uruguay, il y a Jose Artigas.

Impossible de ne pas connaitre ce personnage en Uruguay. Au bout de trois jours, j'avais deja compris qu'ici tout portait son nom. Pret pour une énumeration?

- la place principale de Montevideo ne porte certes pas son nom - c'est la place de l'Independance. Mais on y trouve son impressionant mausolée, et une gigantesque statue equestre.

Vue generale :
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et en detail
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- un des trois principaux boulevards de la ville porte son nom, de meme qu'une des deux gares routières

- on trouve des statues de lui et des plaques a sa memoire un peu a chaque coin de rue

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- on trouve la sienne sur la face des pièces de monnaie, ainsi que sa signature et une citation ("puissent les orientaux etre aussi cultivés que vaillants").

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- dans l'ecole de campagne ou je suis allé avec l'équipe du labo de géo, il y avait : un buste du general a l'entree, un portrait dans le couloir, un autre dans la salle de classe.

 - un département uruguayen porte son nom, ainsi qu'une ville importante et la base antarctique uruguayenne.

- il existe un hymne à Artigas, qui fait est presque un hymne national. Qui le consacre "génie pour l'histoire, dieu pour la patrie".

- le 19 juin est un jour férié en Uruguay. Anniversaire d'Artigas oblige.

- le dessin animé en vogue, c'est "le Petit Artigas". Tous les gamins jouent donc à etre Artigas.


Ca tombe "presque" dans le culte de la personnalité. Qui etait donc cet homme?

Avant d'etre déclaré Libertador, Artigas fut le fils d'une riche famille qui vécut d'abord comme un gaucho et comme contrebandier entre l'Uruguay et l'etat bresilien du Rio Grande do Sul.
Puis, il s'engagea dans l'armée. Pour peu de temps, puisque lorsque les espagnols furent chassés d'Argentine, ils établirent a Montevideo la capitale de leurs colonies, il s'enfuit a Buenos Aires pour lever une armée. Il revient en Uruguay (alors Banda Oriental) avec moins de 200 hommes, et, petit à petit, libère le pays des espagnols.
Son idée est alors de constituer, avec l'Argentine et (me semble-t-il) une partie du Bresil, une federation. Malheureusement les Argentins et les Bresiliens ne l'entendent pas ainsi et, deux ans plus tard, envahissent le pays. Artigas se prend une dérouillée en quelques mois. Il perd Montevideo et la côte, et continue la guerre dans la pampa avec une poignée de soldats. Pour finalement, en 1820, admettre sa défaite. Il part en exil au Paraguay, rumine sa défaite en buvant du maté, et meurt dans l'indifférence, oublié et renié par tous.

Quelques années plus tard, il faut un symbole pour eriger l'Uruguay en tant que Nation et federer le peuple autour d'une idée. C'est le pauvre José Artigas qui est choisi. On rapatrie ses restes et on le declare héros national. La suite est listée plus haut.



Et chaque pays a sa figure du Libertador. L'histoire d'Artigas est transposable.

Vous avez entendu parler de Simon Bolivar ?
En quelques lignes : Bolivar est né au Venezuela. Il etudie en France, voyage un peu en Europe et revient au pays. La guerre d'independance eclate, et il sert comme officier contre les Espagnols. La guerre est une suite de defaite et se termine par la trahison de Bolivar, qui livre son chef Miranda, et part en exil. Il revient quelques annees plus tard, leve une armée, et enchaine les victoires. Il libere le Venezuela, le Panama, la Colombie, l'Equateur, le Perou et le Haut-Perou (qui deviendra la Bolivie). Pour lui, l'Amerique Latine est une. Il compte etablir une grande democratie a l'image des Etats Unis. Mais ses plans s'effondre, l'union se delite, son projet sombre. Et il meurt dans la jungle colombienne, seul, renié, et statuant que "vouloir la révolution, c'est labourer la mer".
Aujourd'hui, un pays porte son nom, ainsi que deux monnaies nationales, un département, etc.



San Martin?
Il nait en Argentine, part en Espagne. Sa carriere militaire commence contre Napoleon. Puis, il rentre a Buenos Aires, se souleve contre les espagnols et libere l'Argentine. Lui aussi considere la colonie espagnole en Amerique Latine comme un seul et meme peuple : il participe a la liberation du Chili, puis du Perou. Il rentre a Buenos Aires victorieux, couvert de gloire et d'honneur. Et de soupcons. Accusé de conspiration, il part en exil a Boulogne sur Mer, et meurt, seul, renié, vous commencez a connaitre la chanson.
Le nom de San Martin est donné à beaucoup de choses en Argentine ou au Perou.



Le dernier libertador est chilien, c'est Bernardo O'Higgins. Je connais moins son histoire, et l'ignorance me forcera donc a déclarer que c'est a peu pres la meme chose.


L'ironie dans l'histoire de ces libérateurs, c'est qu' ils furent elevés comme symbole pour une cause qui n'etait pas - tout a fait - la leur. Pourquoi ? Creer un esprit de nation? Quand bien meme ils avaient une vision beaucoup plus large et voulaient unifier l'Amerique Latine...



L'histoire de ces generaux me fait irremediablement penser aux héros de García Márquez : des generaux romantiques qui alternent exil et guerre civile, et finissent en exil après avoir été décu et desavoué. Dans "Cent ans de solitude", le temps se repete et les memes héros reapparaissent cycliquement sous les traits de leurs descendants.

Pour moi, ce n'est pas faux ... Guevara me semble avoir un parcours identique. Je simplifie : argentin, il va combattre pour la revolution au Guatemala. Defaite, exil, ect.. A Cuba, il devient un héros, accède au pouvoir. Puis, a moitié exilé, il part combattre en Bolivie, et meurt dans un coin de jungle,trahi par les paysans pour qui il combattait. Après sa mort, il devient un mythe, un symbole, souvent utilisé a tort et a travers.



Il y a beaucoup a dire sur ces héros sud-américains. Beaucoup plus que je ne l'ai fait, et avec beaucoup plus de vérité et de finesse, sans doute.



Ce qui me frappe, c'est que nous n'avons pas de héros-symboles equivalents. En France, en Europe, qu'importe. J'ai essayé de trouver des raisons. Personne ne s'impose, par exemple pas Napoléon, De Gaulle ou Louis XIV. 
Serait ce parce que nous n'avons pas fait de "culte de la personnalité" au meme niveau ? C'est a dire que personne ne l'a jugé utile pour constituer un esprit de nation ?
Ou bien que ces symboles ont existé, mais sont tombés en désuetude, parce que le patriotisme et la grandeur nationale ne font plus rever?





Passons! Pendant ce temps la, je photointerprète. La fac s'est vraiment vidé. Ce dimanche, la ville aussi etait vraiment déserte. Ca fait un peu peur, des rues si vides.



Un petit zoom sur les enseignes de gauche. Cette rue (ma rue), ou du moins ce secteur, est celle des bijoutiers et des acheteurs d'or.


Ma colloc est partie a Buenos Aires pour danser le tango. Le tango se danse aussi a Montevideo. Mais Buenos Aires en est clairement la capitale, et il parait que la facon de le danser y est differente et plus spectaculaire.
Je suis donc tout seul dans l'appartement. Je me cultive, fais des soupes froides plus ou moins barbares a base de concombre ou d'amandes, et prends des photos de ma cour. Ma cour est tout en beton et en lignes courbes :




Sous la lune ou sous le soleil, je lui trouve quelque chose.

J'ai aussi trouve le repère de ceux qui savent. La bibliothèque? Non... l'association des boxeurs uruguayens :

A comprendre comment : ceux que l'on ne contredit pas? ceux qui ont le dernier mot?



Je termine sur une note amusante. Ou alarmante, c'est selon. C'est une publicite de l'institut des entreprises competitives - américaine, vous l'aurez deviné. Mon passage préferé est  "They call it pollution. We call it life."


D'ici la prochaine fois, n'oubliez pas : le dioxyde de carbone est notre ami. Salauds de politiciens ecolos. Imaginez s'ils réussissaient...


Par Fernand - Publié dans : fernando
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Lundi 1 janvier 2007
Ce long week end du premier de l'an, j'ai enfin approfondi ma connaissance de la fete montevideanne, la vraie. Au bout d'un mois, je commencais a m'inquieter.


Le 30 decembre, ma colloc m'a propose d'aller avec elle, son frere et deux autres, a une soirée. Mon enthousiasme n'etait pas au plus haut. Mais j'ai saisi l'occasion plutot qu'aller me coucher.

Me voila donc avec Julienne, ma colloc, et Gerald, son grand frere qui n'est en Uruguay que depuis quelques mois. Il y a aussi Gervasio et Noelia, ce sont eux qui connaissent les organisatrices de la soiree. Nous arrivons a l'heure uruguayenne (1h du mat' passee), dans un quartier tranquille et une maison normale. Dans le patio, sous la treille et les notes de salsa, 4 tables sont installee avec des bougies.
Malgré mes espoirs, ce n'est pas un bar clandestin, juste une petite fete tranquille organisee par des filles des Beaux Arts. Ce n'est pas oufmalade mais c'est sympa; c'est l'occasion de discuter et de voir que des choses sont universelles : la sangria et le "pierre-feuille-ciseaux".



Le 31 decembre, tout comme le 24, il y a une tradition : la beuverie du Marché du Port. Dès midi, la populasse se rassemble autour du marché. Ca picole a la biere et surtout, au cidre. Et ca ne fait pas que picoler : ca se bat avec le cidre. De grandes gerbes de tise volent vers les voisins. Et des bouteilles (en plastique), bien entendu.
Pendant ce temps, des candombe passent dans la foule (ce sont des fanfares 100% percus). Parfois, un air de chanson part et est repris tous.
Les protagonistes sont, pour la grande majorite, des groupes d'hommes torses nus. Ca sent la boue d'alcool, comme a Bayonne. Enfin, l'ambiance est assez rustre. Ou du moins en regard de ce que j'ai vu depuis 6 mois (n'oublions pas que j'ai ete a une fete consistant a se faire enduire de lisier et de lie de vin par des hommes deguises en epouvantails).
Ni ma colloc, ni son frere et sa copine n'ont l'air de vouloir participer. Du coup, je resiste a la tentation d'aller participer a la beuverie tout seul, et je regarde de loin. Un asado au Marché du Port permet de bien voir la bataille. C'est fou tout cette tise gachée. Tres drole, ce n'importe quoi devenu tradition.



Le soir, Julienne avait invite pas mal de gens a la maison. Des que je connaissais deja (Noelia, Gervasio, son frere et sa belle soeur), et d'autres pas, dont beaucoup d'americains et une francaise. Ca fait beaucoup de langues a parler en une soirée, mais je m'attaque au defi.
Chacun a cuisine quelque chose d'interessant. J'entends les mauvaises langues au fond ("des burgers?"). Nan, les americains qui sont la parlent parfaitement espagnol et savent cuisiner. On a donc de l'houmous, du poulet tandoori, des lasagnes, du tzaziki, et autres.

Peu avant minuit, nous montons chez le voisin, ou plutot sur sa terrasse. Minuit se passe sous les feux d'artifices et les cornes de brumes des cargos du port. Entre minuit et minuit trente, j'ai du voir exploser 100 fois plus de fusee que dans toute ma courte vie. C'etait une voute. Partout, a l'horizon, ou au dessus de nous, des petites fusees. Chaque famille ou presque lance son feu d'artifice, depuis les balcons ou depuis la rue. Le bruit des fusees est une detonation qui ne s'arrete pas.
Un avion decolle au meme moment de l'aeroport. La vue doit etre belle.

Au milieu de la nuit, nous decidons d'aller finir la soiree dans un bar a tango de la vieille ville. L'ambiance est feutrée et assez classe. Ca n'a pas l'air simple... En 2007, j'apprends le pas du tango (et la recette de l'houmous).



Puisque je suis dans les voeux pieux, on peut toujours rever que le monde s'ameliore en 2007. Je n' ai pas particulierement envie de parler politique ici, mais ceux qui veulent iront lire ce texte sur l'ordre du monde : La quatrieme guerre mondiale a commencé.



Je laisse la mes disgressions. Passez une bonne année.
Par Fernand - Publié dans : fernando
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